La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

52G LA REVUE SOCIALISTE de son évoluLion, c'est de le comparer avec ce que nous voyons et constatons chez les animaux sociables et chez les sauvages, qui sont pour nous la représentation, la survivance du passé dont nous voulons éclairer les crépuscules évanouis dans la nuit des temps. 1\Iais malgré tout, il reste encore une difficulté qui tient à ce que chez les animaux comme chez les sauvages, nous ne pouvons les étudier qu'à leur état d'évolution actuelle, c'està-dire avec leur organisation sociale Mjà constituée. D'un autre coté nous ne pouvons pas admettre que la société est née toute faite, et il nous faut de toute nécessité arriver à lui chercher un point de départ: or, le fait de la génération, de l'allaitement et ùe l'élevage maternels nous semble le fait le plus général, le plus primordial que nous puissions constater comme germe de ce que nous appellerons plus tard famille, tribu, société, peuple ou nation. De plus, le seul fait de la génération suppose encore la nùcessité d'une dépendance, d'une mutualité, d'une relation au moins temporaire entre les procréateurs: nous retrouvons, en effet, cette solidarité même chez les animaux les plus insociables, qui vivent errants, solitaires, nP.se réunissant, ne se cherchant qu·an moment des amours. Par conséquent, sans préjuger aucune des opinions diverses sur L'origine de la famille, sur la priorité du l1,fatria1·cat(l) ou du Patriarcat, sans avoir besoin de savoir an juste quel a été le premier facteur dominant l'organisation de la famille, nous pouvons en toute légitimité proclamer que la société, la famille est née de la dépendance toute biologique que suppose nécessairement le fait de la reproduction: les liens de la famille sont bien les « liens du sang>>. MainLenant que l'on suppose l'homme primitif sociable ou insociable, il faut toujours reconnaitre que les nécessités de la vie (relations sexuelles, besoins alimentaires, solidarité défensive) ont été les vrais organisateurs des fonctions sociales et familiales. Tout ce que nous pouvons dire de plus précis, c'est que ces influences ont pu agir simultanément ou inégalement suivant les circonstances, et que là eucore le milieu a dù jouer un role important; plus les conditions d'existP.nce ont été difficiles, plus intense a été le besoin de solidarité, de coopération alimentaire, défensive, et plus vite a pu s'organiser la société primitive dont famille a pù.être un des pivots,mais uon exclusivement, car l'association, l'union coopérative a tout aussi bien pu se faire d'après les besoins et les aptitucles,c'est-à-dire entre individus de familles différentes par une sorte de classement tout spontané conformément aux: aptitudes ou encore par la convergence non moins spontanée des mêmes besoins et des mêmes forces : Tels

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