La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

DE LA SOLIDARITÉ SOCIALE 527 nous voyons chez les animaux, les milieux et les circonstances cléter1ninées, ipso facto, les agglomérations accidentelles, fortuites, qui deviennent quelquefois le point de départ de l'établissement et de la persistance d'une certaine solidarité qui finit par en faire de véritables sociétés (1); telles encore nous voyons les {)Onditionsmythologiques donner naissance ou au moins favoriser la prolifération intensive des bactéries et infusoires; telle enfin nous voyons la faune végétale réglée, créée par les conditions de milieu. Ce que nous tenons à bien faire remarquer c'est que le développement de la société ne peut s'envisager autrement que ~omme le développement d'un ()rqanisme vivant, et que sa génération, sa croissance, sa vie ne peu vent se comprendre autrement que nous ne comprenons l'évolution d'un organisme vivant, c'est-à-dire par l'effet seul de ce que nous appelons sa vitalité, sa spontanétie. Les objections qui ont été faites à cette .as::limilationde toute société à un organisme vivant n'ont dù de paraitrejustes, fondées, que grâce à l'insuffisance de la conception qu'on s'est faite du règne social. De même, en effet, que les naturalistes n'ont pu arriver à saisir, à expliquer, à démontrer l'unité organique dans le règne animal qu'après la découverte du polyzoïsme et de la colonie animale (Périer), de mème les sociologues ne sauraient établir l'unité organique dans le règne social, sans une conception plus -0umoins analogue des organismes sociaux si différents depuis les protoorganismes sociaux inférieurs, jusqu'aux organismes sociaux supérieurs de nos sociétés civilisée::,. Nous retrouvons, en effet, dans l'humanité primitive les divers types de sociétés embryonnaires, rudimentaires que nous offrent encore les peuplades arriéréP.s, sauvages, barbares. Espinas nous a montré les mêmes sociétés dans la série animale. Or ce qui frappe dans les sociétés humaines primitives, aussi bien que dans les sociétés animales inférieures, c'est que l'unité, la connexion des rapports, la solidm•ité en un mot est d'autant plus élémentaire, plus réduite à un ou à deux facteurs (nuitrition, reproduction) que le type social est plus inférieur, absolument comme nous voyons la solidarité physiologique d'autant plus rudimentaire que le protoorganisme étudié est plus inférieur, par exemple chez les coralliaire.s, où toute la solidarité physiologique semble réduite à une simplejustaposition des divers organites, qui n'ont guère de commun que le liquide nourricier qui les baigne tous inté- (1) Paul Lafargue, dans la Nouvelle Revue.- Giraud-Teulon: Les origines de la famille. (Z) Voir Espinas : Sociétés animales.

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