510 LA REVUE SOCIALISTE p1·éjugé académique et de salon, et une telle indépendance n'est pas commune. Enfin son éruditi,1n n'est pas celle de tout lrJ mon<le; il a recouru Jui-mème aux sources les plus ignorées ou les plus dédaignées. Il est une de ces sources que je lui sais, pour ma part, un gré infini d'avoir mise en lumière, et que les historiens, soit politiques, soit littéraires. soit philosophiciues, ont eu jusqu'ici le plus grand tort de négligP-r. Je l'eux parler du recueil périodique intittdé: La Décade philosophique, litt:Jraire et politique. qui remplai;a a,·ec avantage auprès du public lettré et Iibéral la défunte Chronique du mois. Et, pour le dire en passant, ces deux recueils contemporains de la Révolution sont les véritables prototypes de nos actuelles Revues. La Décade philosophique, organe des idées de l'EncyclopiJdie, commeni;a à paraitre (co'încidence notable et que M. Picavet n'a pas notée) au moment mème où Robespiene lançait l'anathème aux encyclopédistes, et où il se préparait à donner force de loi au néo-christianisme de Jean- .Jacques. Le premier n11méro de ce recueil dont la paternité est attribuée à Ginguené, parut en effet le 10 floréal an II, huit jours avant le décret sur !'Etre suprème. Asile de l'opposition républicaine sous le Consulat, la Décade dut changer de titre sous l'Empire, et s'appela la Revue philosophique, littéraire et politique. Son dernier numéro est daté du 21 septembre 1807: elle fusionna ensuite avec le Mercure, ou plutôt le Mercw·e fit le service de ses abonnés. L'existence de cet organe de libre-pensée était inconciliable avec l'Empire. Ne croyez point que ce fût uniquement une gazette de doctrine. C'est aussi et surtout un recueil de faits, de renseignements au jour le jour, une Encyclopédie périodique, composée dans un ordre et a,·ec une science admirable. Les revues de la politique étrangère et de la politique intérieure y sont excellentes. On y trouve aussi des notions, méthodiquement coordonnées, sur tout le développement intellectuel de l'époque, et cela sous toutes ses faces. Jamais la critique littéraire n'a été aussi consciencieuse et aussi exacte que clans ce recueil ; les rédacteurs de la Décade avaient l'art, aujourd'hui perdu, de dire au public ce qu'il y a dans un livre. Qui a lu la D.Jcade connait véritablement l'histoire des idées en France de 1794 à 1807. Encore aujourd'hui, en 1891, un lecteur bénévole et attentif de ces 54 volumes sortirait de là tout armé pour nos luttes intellectuellea, dont il possèderait à fond les origines et l'esprit. M. Picavet a fait cette utile lecture et il a, clans son livre, remis la Decade en honneur: c'est là un important service, impérieusement et heu1·eusement rend11 à l'histoire de la Libre-Pensée et de la Révolution. On s'instruira à ce qu'il dit de l'lnstititt, des Ecoles normales et des autres créations scientifiques de la Révolution, où il voit les œuvres glorieuses de cet esprit idéologique qui n'est au fond que l'esprit encyclopédique sous un nouveau nom. i\Iais c'est surtout sur les Écoles centrales, c'est-à-dire sur l'en!.<eignement secondaire tel qne la Révolution l'organisa, que M. Picavet nous apporte, à la suite d'une originale et patiente enquète, des renseignements nouveaux. Nos pédants réactionnaires se sont beaucoup moqués des Écoles cen-
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