REVUE DES LIVRES 511 traies. On a dit« riu'on n'y apprenait guère dans la plupart des classes dites de langues anciennes, que les éléments du latin; que l'enseignement de la grammaire générale, de l'histoire. de la législation et des belles-lettres était à peu près nul; que si les Écoles centrales avaient duré, elles auraient peut-ètre formé des générations sachant très bien le dessin linéaire, mais qu'il est au moins douteux qu'elles eussent produit beaucoup de savants et de lettrés. » En réponse à ces critiques, M. Picavet cite avec raison un discours de distribution de pi·ix, qui fut prononcé en !'An VIII par Lacroix, membre de l'Institut et professeur aux Quatre-:'fations, et où les Écoles centrales sont présentées comme l'application du système, si large et si humain, de !'Encyclopédie: « C'est avec raison, disait Lacroix, qu'on s'est écarté du plan des anciens collèges. En faisant marcher l'enseignement des sciences physiques et mathématiques, parallèlement à celui des lettres, auquel succède ce!ui des sciences morales et politiques, et en réunissant l'étude des sciences qui fondent la théorie des arts chimique et mécanique avec celle du dessin qui sert aussi de base â un grand nombre d'arts, et qui est si propre à développer en nous le sentiment du beau, on n'a fait que se conformer aux progrès des lumières. Ces écoles remplissent les conditions que l'on désirait dans les anciens établissements, puisqu'elles présentent une instruction complèt.e, dont toutes les parties sont utiles et peuvent être réunies ou séparées à volonté et ce sont ces avantages riui constituent vraiment l'institution. La forme de l'enseignement, les subdivisions des cours, sont des accessoires purement réglementaires qui tiennent plus aux hommes qu'à la chose. » Mais M. Picavet n'allègue pas seulement, en faveur des écoles centrales, des discours d'apparat, mais aussi et surtout des faits et des notes. Il cite des noms de professeurs, des chiffres d'élèves, des programmes, des résultats de toute sorte, d'où il ressort qu'en cet enseignement secondai1·e de la Révolution, donné par des hommes distingués, on mettait déjà en pratique les idées qui sont encore aujourd'hui à l'état théorique. Ce que nous songeons confusément à établir un jour pour rendre l'enseignement secondaire véritablement français et humain, nos pères l'avaient déjà essayé. Si cet essai ne porta pas tous ses fruits, en des circonstances évidemment défavorables, il en po1·tait déjà. Les Écoles centrales avaient des maitres et des élèves; elles vivaient, elles commençaient à prospérer quand Napoléon les détruisit. Le despotisme ne pouvait tolérer les écoles centrales, puisqu'on y formait des esprits complets, c'est-à.-dire libres. Elles furent remplacées par l'Université impériale. L'Université impéra!e, ce fut la réaction en matière d'enseignement. Ces programme~ des Écoles centrales, où il y avait toute une culture, furent mL1tiléset essentiellement réduits à l'étude des lettres latines et g1·ecques, consacrées comme les seules sources de la bonne instruction. Le discours latin eut la place d'honneur. A des citoyens, il fallait une éducation qui fortifiât tout l'homme: à des sujets, il suffit d'un exercice de mémoire et de dédamation en langue morte.
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