468 LA REVUE SOCIALISTE J'ai cornmencé par comparer l'insurrection de. 1871 à la RêYolution de 1789. L'insurrection de 1871 a ressemblé à la révolution de 1789 par le but. Le but de celle-ci a ét.é de substituer, dans la direction des affaires publiques, le Tiers Etat aux deux premiers ordres; le but de la Commune a été de ~ubstituer, dans la conduite de ces mêmes affaires, le Quatrième Etat au troisii~me. L'impartiale histoire dira qu'un même acte n'a pu être à la fois digne d'admiration et digne de mépris; - digne d'admiration quand il était posé par la bourgeoisie, de mépris quand il l'était par le peuple; -digne d'admiration quand la bourgeoisie devait y gagner, de mépris quand elle devait y perdre. Si la Commune a été criminelle, la Révolution l'a été aussi. Si la Révolution a été légitime, légitime a aussi été la tentative du peuple de guider le char de l'Etat à son tour. L'insurrection do 1871 a différé de la Révolution de 1789par le résultat. Celle-ci a triomphé, celle-là a échoué. Les adorateurs du Veau d'or du succès exaltent les vainqueurs et condamnent les vaincus: Vœ Victis ! L'Histoire juge les actions des homm0s. au point de vue d'une morale plus élevée : elle condamne les vainqueurs quand ils ont mésusé de leur victoire; elle ne condamne pas les vaincus pour des fautes qu'ils n'ont pu commettre. L'insurrecti011 populaire de 1871 a différé de la révolution bourgeoise de 1789 par les horreurs qui les ont toutes deux accompagnées. La Commune a fusillé une vingtaine d'otages et incendié quettJues monuments publics. La Révolution a guillotiné tout ce qu'elle a pu de nobles, de prêtres, de généraux, un roi honnête homme, une reine infortunée; et quand il n'y a plus eu ni de nobles, ni de prêtres, ni de têtes couronnées, elle s'est guillotinée elle-même. Tous, Girondins, Montagnards, Vergniaud, Danton, Robespierre, tous y ont passé. Elle n'a pas incendi~ les Tuileries; mais elle a rasé jusqu'aux fondements le plus beau quartier d'une des plus graudes villes de France. Doux bourgeois! féroces communards! Si la Commune a eu ses horreurs, ça a été celles de sa répression. Plusieurs dizaines de milliers d'hommes, de femmes, d'adolescents ont été exécutés. par les ordres du doux bonhomme Thiers, sans l'ombre d'un jugement. Combien furent-ils? L'Histoire épouvantée s'est. refusée à l'inscrire ..... Tel sera le jugement que portera sur la Commune l'impartiale histoire. Rossel! Avant de le condamner, l'histoire demandera quel signe marque, aux époq_uestroublées, la voie du bon citoyen, du loyal soldat. Une révolution n'est qu'une insurrection vi~to-
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==