La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

UNE SOCIOLOGIE IDÉALISTE 435 -stimulation de l'intérêt personnel doive faire défaut et rendre moins féconde l'activité laborieuse des hommes (c'est le suprême reproche de nos adversaires), il y a lieu de s'en féliciter plus que •de s'en plaindre, « Je viens de toucher en passant à la capitale objection qui -<< parait décisive contre le Socialisme. En diminuant beaucoup « (je ne vais pas jusqu'à dire: en supprimant) le mobile de l'in- « tfrêt individuel, le collectivisme, dit-ou, attiédira l'ardeur au « travail. Les socialistes d'ordinaire nient cela: Pleins des pré- « jugés d'un siècle fiévreux, qui se fait gloire de sa fièvre, ils ,c croiraient se perdre d'honneur en avouant qu'ils rêvent le ·« calme et le repos, fùt-ce le repos dans la lumière et dans le « calme de l'amour heureux. Le fait qu'on leur prédit est cer- « tain pourtant, il est surabondamment d(~montré par l'histoire « de toutes les communautés soçialistes que l'histoire a vues, « qne la terre voit encore, par toutes les Icaries de l'Amérique « du l\ord, où règne une placidité parfaite, qui parait un peu « morne au voyageur; par tous les couvents, où l'âme s'endort « délicieusement, non sans fruit toujours ni paresseusement, an « branle d'une vie règlée, P10notone et paisible; par les ancien- « nes associations de serfs et par ce qui reste en Serbie et en « Croatie, ou, dit M. de La veleye, qui a visité ces carnpagnes« en «-voyant tout le groupe associé, hommes et femmes, travailler •« en commun dans les champs, ou préparer le lin et l.e chanvre « ?e leurs vètements, le soir, à la veillée, aux sons de la Gu~la, (< accompagnant le chant du Romancero Serbe, on se croit (( transporté parmi les Bucoliques de l'àge d'Or. » Certes, je ne « me persuade pas voir dans ce tableau une image prophétique ,c de l'avenir. Mais si c'est une illusion de se figurer l'idéal << fntur à réaliser comme une idylle primitive à reproduire, « c'est une erreur encore bien plus prolondc de concevoir l'apo- {< gée dn Progrès social comme une exacerbation suraiguë du « désir humain déchaîné en une consommationdévoranteetservi « par une production effrénée. Apr~s s'6tre multipliés, remar- ,< quons-le, jusqu'à un certain âge \le la vie, les besoins s'arrè- « tent ou se simplifient, pendant que l'homme progresse tou- « jours et que l'esprit allégé commence à réaliser. gràce à la « monotonie féconde d'une vie périodique et modérément active « on si l'on veut, machinale, ce qu'il a de plus personnel et de « meilleur. C'est ainsi que la rigueur du rythme étroit seconde « en la domptant et déploie l'imagination du poëte. Le jour (< enfin ne viendra-t-il pas, où, à cet égard, comme à tant d'aucc tres, le progrès de l'hnmanité imitera celui de l'homme indi- <c viduel? ou, ce ne sera plus de besoins toujours nouveaux que << l'homme aura besoin, mais bien d'une foi nouvelle et plus « forte, d'une sécurité plus grande en face de la vie ou en face << de la mort. >> (1). (L) Revue Philosophique; Tome XVIII, article de M. T .i.rde sur le Socialisme contemporain. /

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