La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

431- LA REVUE SOCIALISTE « devenu irrésistible d'EgaliLé par l'Etat devenu tout-puissant.~> L'organisation du travail par les pouvoirs publics ne parait pas à ce clairvoyant esprit une prédiction chimérique, bien moins certainemer.t que la nati:onrtlisatio,i du sol annoncée et acceptée par l'indi vidualisLe Herbert Spencer. Le philosophe français s'arrète avec un médiocre respect devant les objections, que l'économie politique à courte vue, modestement qualifiée de scientifique par ses bénéficiaires, oppose à tous les systèmes d'organisation collectiviste de Ja production. Sïl est vrai que la tion. Mais a mesure que les faits flconomiques plus intimes et plus obscurs, se laissent pén.itre1· par eux-mèmcs et saisir par une subtilité <l'esprit mieux aiguisëe, pat· une c:apacité <l'esprit plus vaste, on se preocc~e irrésistiblement dt! les <li~cipline1· aussi ... Des que la statistique, pare~1ple. sera assez avancee pour nous rensei,;ner journellement sur l'étendue exacte du besoin 11ublic C'Ol'l'èSpondant à chaque produit dcterminé, oa éprounira le besoin <l'obtenir d'eu,blèe et dirtlctement par des commandes de l'Etat basétls sur ces calculs cette proportion des produits et des besoins qui s'obtient aujourd'hui à tâtons, non sans oscillations coûteuses et pénibles. li faudra donc de nouveaux rëglements. Non-seulement il e,:;t l1·cs certain, comme le dit M. de Lavcleye. citant ;,l. ~liughetti. socialiste de la chaire « que toute grande période économique s'appuie sur un systeme juridique correspondant» et antérieur, notre pros- ])érité industrielle Européenne et moderne, par exemple, du moius jusqu'ici, sur la libertc individuelle. la propriclc qufritaire, le droit conLractuel, l'hérèdite et autres institutions juridiques de source Romaine; mais encore il est visible que tout progrès de l'industrie, toute branche nouvelle poussée a rarbre de la production. appelle une extension 011 un remauiement de la lègislation. Les ëconornistes 01·th0Joxes ferment les yeux: au jour quand ils nieut l'utilité et la necess1té de ctltte péncl1·,.ltion graduelle du droit dans lïntimiLé de la vie sociale. Ce besoin de lëgiférer sur tout ce qui ofîl'e prise a la loi, de transformer le plus possible en droits, facuHcs artificielles dont l'essence nième est, pa1· délinition, de ne jamais se contredire, les intéréts, forces naturelles, et! conflits si fréquents, est un besoin socialiste peut-être. mais social au SUJJrême degré. Ou me dira: Nous ne nions paa que la grande culture et la grc1nde iudusLrie soi,mt destinces ù aller s·.tgrand1ss:10t enco1·c, ni que cela soit un bien, mais nous nions que ce progrès puisse et doive être accompli pa1· l'Etat. ,, Distinction vaine au fond ... . . . . . Parmi les grandes usinP.s et les magasins qui sont les fiefs du temps pr~sent, les chantiers de l'Etat, les marches de l'Etat, ne commencent-ils pas ù joue1· le rôle de l'armée permanente sous Charles VII ou sous Louis Xl ·? L'Etat manufacturier, usinier, commerçant, a bien r~ir encore d'ètre un industl'iel ou uu nëgvciant con11ue un aulre. ~fais prenons-y garde, il est de force a ctouffcr un jour toute indépendance et tout commerce aussi bien que l'Etat instituteur a tué tvute école sous son ombre de mancenillier et de la même manière que l'Etat guerrier a fini par englober toutes les guerres et toutes les al'lnécs cles particuliers dans ses grandes guerres a lui et ses grandes armées ... Ce que je tiens a dire en finissant, c'est que comme on le voit par les dévcloppemeuls prëcëdents, l'organisation sociali~te, si elle doit se faire, dans un avenir d'ailleurs èloi;;nc. et dans une mesure incomplète toujours, se fera pa1· force et non par choix, par l'usu1·pat1on applaudie de l'Etat et non par l'.1ttrait libre de l'Association coopérntiYe ou autre. »

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