La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

UNE SOCIOLOGIE ID.ÉALISTE 431 Le public moral et le public artistique augmentent en surface par le recul des frontières provinciales et nationales et en profondeur par l'abaissement des barrières qui séparaient les -classes. << Supposons que la machine à vapeur, le métier à tisser, « la locomotive, le télégraphe n'aient pas été inventés, que les a principaux faits de la chimie et de la physique modernes << n'aient pas été découverts, il est certain que l'Europe serait « restée morcelée en une infinité de petites provinces dissem- " blables, état de choses aussi incompatible avec une large mo- (( ralité et un grand art qu'avec une grande industrie. Ainsi << toutes les bonnes idées qui ont civilisé le monùe peuvent être << considérées comme des inventions et des dé,)ouvertes auxiliai- << res de la morale et de l'art. >> Donc de la fusion des peuples résulteront une moralité et un art supérieurs. Ce changement effectué par l'action ùe l'imitation-mode se consolidera au moyen de l'imitation-coutume. Après la moralité-mode viendra la moralité-coutume. L'art de coutume est professionnel, religieux (reproduction -desDieux, des saints), national. Il n'imite que les choses anciennes, Dieux, héros, légendes. L'art-mode au contraire, détaché du passé est caractérisé par l'invention à ji>t continu, par le riche déploiement de l'imagination. La morale-coutume est également nationale et religieuse. Elle prescrit à l'individu de se sacrjfier à la famille, à la cité, à la race et à son avenir. L'homme moderne, sous l'influence de la morale-mode perd ces sentiments et les remplace par la préoccupation toute-moderne de l'honneur, entendu au sens démocratique, c'est-à-dire la crainte de l'opinion. La morale moderneprescrit surtout d·être utile â tous les hommes, elle excuse facilement les actes qui ne peuvent port0r préjudice qu'à uos seuls enfants, (débauche). Aux temps de mode l'art et la morale sont individualistes. Dans un dernier chapitre, M. Tarde cherche à <légager la loi suprême de l'imitation. D'après lui, l'utfri,ers entier -dans toutes ses manifestations montre comme une ambition permanente et indestructible, une sorte d'appétition envahissante. La vibration tforme physique de la répétition universelle) tend à se communiquer à tous les corps; vitalcment, chaque espèce -dissémine ses germes innombrables comme pour conquérir l'univers et n'est arrêtée que par la conipétition antagoniste d.-espèces rivales. De mème l'imitation multiplie à l'infini ses exemples depuis les plus futiles jusqu'aux plus importants et essaie d'en remplir le monde social. Arrêtée d'abord par la lutte d'autres inventions opposées, la forme prépondérante unifie peu à peu toutes les classes dans une même nation et finira pas unifier

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