La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

424 LA REVUE SOCIALISTE La 101 générale que pose M. Tarde et dont il va nous montrer tout à l'heure l'application aux religions, aux gouvernements, aux législations, aux usages, à la morale et aux arts, peut donc être résumée ainsi. « L'imitation, d'abord coutume, « devient mode, puis redevient coutume, mais sous une forme « singulièrement élargie et précisément inverse de la première. << L'une est l'exploitation d'une forme sociale par une forme « vivante: l'autre l'exploitation d'une forme vivante par une (< forme sociale. » Voyons donc l'application de cette loi aux grands phéuomènes sociaux : Religions. - Elles ont été divisées en religions prosélytiques et en religions exclusives. En réalité, toutes, même les plus envahissantes, ont commencé d'abord par être jalousement fermées aux étrangers, malgré l'exception apparente que présentent les grandes croyances générales comme le Bouddhisme et le Christianisme. Le bouddhisme embrasse tous les hommes mais il n'est qu'un développement, un bourgeonnement devenu luxuriant du brahmanisme.Lechristianisme n'est qu'une hérésie juive et s'est dès l'abord exclusivement propagé chez les juifs, dont le culte national repoussait l'étranger. Après la phase d'exclusivisme, vient celle du prosélytisme contagieux. Et en dernier lion (troisième stade), lorsqu"elles ont élargi aussi loin que possible leur influence, les religions, arrètées et formées par des croyances riYales, se recueillent, se calment, se concentrent en ellcs-m(1mes dans un groupe de nationalités et elles tendent à s'y enraciner de plus en plus. Ces trois phases ont également existé pour les cultes inférieurs de tribns ou de cité qui ont régné durant le cours de la haute antiquité. Les religions primitives ont débuLépar l' oniniisnie (peur des esprits Pt surtout de l'esprit des ancètres), auq11el se joint l'nntltropo111orphism, 0 (personnification des forces de la natnre) et aussi le :;oonwl'phisme (personnification des forces de la nature dans les animaux). D'où vient le culte des ancêtres? probablement dn respect des vieillards, dn père, que l'on s'expliquerait difficilement dans un milieu voué à la force brutale, si on n'admettait le prestige imitatif, exemplaire des plus àgés, !"habitude' ancienne de leur obéir et Lobesoin de direction des jeunes. Mais ce qui vient de loin a de rattrait et dn crédit comme ce qui date de loin. Un chef inconnu, do race étrangère, exerce antonr de lui une sorte d"effroi sacré: le culte de l'étranger s'él.abl!Ta an-dessus ou it coté du culte des ancètres.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==