La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

1H LA REVUE SOCIALISTE de l'esprit, des découverte. du génie, n'e. t pas faite pour encourager l'initiative intellectuelle. Aussi, l'ouvrier n·a-t-il plus confiance; et, au lieu de croire à la justice distrib11ti ve, il ne croit plus qu'ù l'injustice et sent de plus en plus croitre en son cœur lïndiffürence, l'apathie, le scepticisme social enfin. Et, de fait, loin qne la pensée et les œuvres de l'esprit soient stimulées par l'appàt et la cerLitnde de la récompense, elles ~ont au contraire découragées par la presque certitude de l'injustice. Cela c t si vrai, qu'un ouvrier qni, ;;1, cette heure, trouverait une idée, s'empresserait de la cacher pour n'avoir pas à regretter de l'avoir commnniquée. O □ peut le dire, le génie de l'homme est étouffé par l'atmosphère d'iniquités sociales que nous respirons. D'ailleurs, ces iujustices se consbtent également en tout ce qui concerne L'agriculture. Car dans l'agriculture comme dans Lïndu trie, comme dans les arts Libéraux, le gi'•nie est étouffé par le manque de foi en lajustic0distributive,par la cro~·ance en l'injustice. Ici encore, celui qui crée n'est pas le bénéficiaire. Le bénéficiaire du travail du cultivateur, c'est le propriétai1·e, c·cst le capitaliste, c'est le privil6gié. Si l'agri,!ulture périclite au lieu de prospérer, c·est uniquement parce que les richesses sont détournées de leur source vraie: la pensée, l'intelligence, la science. Le travailleur peut-il songer à améliorer sa terre si le ré:~nttat de cette amélioration doit se traduire pour lui en une élévation de fermage, c'est-à-dire la perte de se efforts et de ses sueurs? Peut-il perfectionner son ouLillagc et son matfriel d'exploitation quand il est par avance assuré que sa peine et sa dépense seront confisquées par le maître impitoyable? On le voit, partout les antagonismes, partout le mal d'ignorance et d'injustice; avions-nous raison de dire au début de cet article que tout le monde est intéressé à la solution de laquestion sociale ? Albert 'fouBEAU. (Éait posthume).

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