La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

DE L'UNIVERSALITÉ DE LA QUESTION SOCIALE 413 On ne peut séparer l'enseignement du travail ni la question éducationnelle de la question sociale. Les deux ne sont au fond qu'une seule et même question. Quand, par .exemple, on songe aux intelligences perdues~ stérilisées par notre organisation économique; quand on serepréseote les géuies étouffës au berceau par suite de la misèreou des vices qu'elle engendre; quand on constate les aptitudes. égarées, dévoyées, entravées ou contrariées par les difficultés. de la vie, on ne peut s'empêcher de reconnaitre que notre civilisation est au fond bien pauvre, bien misérable en dépit des. splendeurs et des merveilles de sa surface. Mais, si faisant un effort, on se transporte dans un monde de justice où la science règne en souveraine, parce qu'elle seule dispose des richesses conformément à la justice, on est ébloui par la gra.ndeur des. progrè3 accomplis, par la somme immense du bonheur répandu sur notre planète. Qui profite, dans la socièté présente, des inventions, des. découvertes et des perfectionnements? Est-ce l'inventeur? IL s'en faut. Le véritable invenleur, le plus souvent, est un modeste salarié dont les idées ou les travaux sont accaparés par· le patron. Ou bien encore, c'est un prolétaire obligé de céder la plus grosse part de son œuvre à un capitaliste, quand ce dcrnie1~ n'achète pas son idée à vil prix.. c·est ai11.i que, généralement, le brevet d'invention passe aux mains de gens qui n'ont rien in ventéet qui sont devenus riches, gràce au travail d'autrni. Sait-on toutes les idées nouvelles qui surgissent dans les ateliers, dans. les fabriques, dans les manufactures et dont ne bénéficient en rien ceux. qui les ont conçues et mises an jonr ! Henreux encore,. ces ouvriers quand leur idée réalisée n·a pas pour premier effet, de les priver de leur travail ou de faire baisser leur salaire, cequi n'est que trop souvent le résultat de nos progrès. Et, ainsi, le travailleur. se voit non seulement enlever régulièrement et quotidie~nement la meilleure part de son travail pa,r le capitaliste, qui l'emploie, par le propriétaire et le commerçant, an moyen d'iniques prélèvements; mais il sevoit complètement dépouillé de ce quïl a apporté commeamélioration, soit à la terre, soit à l'outil, soit à la 1111\tltodede travail. Ses inventions et ses perfectionnements deviennent la. chose des autres; employeurs et propriétaires capitalistes accaparent le profit extraordinaire comme le profit ordinaire. La pensée, l'intelligence, la science sont tous les jours spoliées, victimes de la rapacité des privilégiés quand elles ne le sont pas du fisc et de l'Etat. Cette spoliation constante, érigée en système, des œuvres.

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