La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

112 LA REVUE SOCIALISTE heurte à la question sociale; et cela clans l'enseignement libre -comme dans l'enseignement officiel; dans l'enseignement supérieur comme dam, l'enseignement primaire. Partout, la question $OCiale est, on peul le dirR, la question dominante; partout, elle .est ùevenue la quest10n à l'ordre du jour. P1·enons l'enseignement à son degré inférieur et nous verrons, dans l'instruction primaire, la misère apparaitre dans toute sa tristesse. Non seulement, les parents n'ont pas les moyens de payer l'instruction de leurs enfants et ces de1·niers en resteraient privés si le principe de la gratuilé ne la leur assurait pas, mais ils n'ont pêls toujours ceux encore de les vêtir -et même de les nourrir. Combien n'eTl voyons-nous pas, en hiver, g-reloller sous leurs minces vêtements? Combien n'auraient au repas de midi qu'une r1ourrilure insuffisante si la cantine scolaire n'était là pour leur venir en aide? Quant au logis ,qui les recueille après la dasse, il est le plus souvent mal situé, étroit et malsain. On compte bien plus de logements à une seule chambre ou à deux pièces exiguës qu'à quatre 011 cinq -chambres comme il conviendrait; on compte plus d'habitations à une seule fenêtre, voire même à une simple lucarne qu'à <leux ou plusieurs fdnêtres. Certains logements ne sont, malgré les eonseils de salubrité, que des taudis infects. Allons donc €ssaye1· Je moraliser, d'humaniser, d'inspirer de beaux et bons -sentiments dans de pareilles conditions ! Allez prêcher la résigni-llion et l'amour du pro<'ltain à ceux-là que vous laissez, dans une société riche et puissante, mourir de faim, de froid, de mi3ère. Heureux encore quand la maladie, les infirmités, ne viennent pas s'ajouter encore à ce triste tableau! .le lisais dernièrement dans un document public, que le -conseil général de l'enseignement, à Londres, a,·ait relevé un nombl'e de :215,000enfants mourant littéralement de faim et dans un étal presque complet ùe dénûment chronique. Dans l'est de la grande ville, 31> ½ de la population vivent dans la plus profonde misère, n'ayant pour tout logement qu'une chambre pour la fa1uille entière. Ur·, celte extrême misère, nous le savons fort bien, n'existe pas qu'à Londres et en Angleterre. Combien de familles ne sont pas, à Pa1·is, dans d'autres conditions, sans parler de la multitude de~ misérables obligés de recourir aux asiles de nuit, aux fourneaux économiques,aux distributions gratuites de soupes ou -de couvel'lures. On accuse de ces maux: l'ivl'ognerie, l'inconduite, la paresse, les vices de l'ouvrier. Mais, la question serait précisément de rechercher ce qui engendre l'ivrognerie, l'inconduite, etc., etc.

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