398 LA REVUE SOCIALISTE gnies et des patronats collectifs quelconques. C'est là une vérité de fait qui se passe de démonstration. Et combien serait améliorée la situation, -dans le système ici proposé? Tout d'abord il saute aux ye11x que dans une nation où, aux oppressifs et . onéreux monopoles actuels serait substituée une rationnelle organisation des services publics nationaux et communaux, l'Etat capitaliste aurait fait place à l'Etat socialiste et qu'à la nouvelle ordonnation économique correspondrait une ordonnation politique adéquate. Ce serait la République fédérative, d'abord nationale, puis internationale, s'étayant sur de puissantes communes sociales aux attributions étendues. Tous les citoyens seraient, par l'organisation collectiviste du travail, délivrés des servitudes, des insécurités et des -dénuements du salariat. Comment pourraient-ils dès lors être opprimés ou exploités par leurs délégués, professionnels dans l'atelier, administratifs dans la commune, politiques ou économiques dans l'Etat? Nous pouvons hardiment dire que la socialisation graduelle des monopoles et des grandes concentrations capitalistes, au lieu de consolider la domination politique bourgeoise, comme le prétendent à tort quelques socialistes, la détruirait en fait, parce qu'alors serait réalisée cette magnifique et géniale indication de Saint-Simon : Substituer l'ad111ù1istratiod1e1s chosesa1cgouvernelllmt des bo11111les. Encore un mot. Ceux qui préfèrent la méthode révolutionnaire à la méthode réformiste allèguent les lenteurs de cette dernière. L'argument est singulier. Les explosions révolutionnaires, qui ne sont en somme que des crises d'évolution, sont hors de l'intervention des partis; elles éclatent à leur heure et tout ce que nous pouvons faire c'est de nous y préparer. En attendant, l'engrenage capitaliste broie ses victimes, sans autrement se soucier de ceux qui protestent par des malédictions impuissantes et des menaces vaines. Que faire en l"occurrence? Devrait-on attendre patiemment que le développement fatal du système capitaliste produise les excès qui en amèneront la destruction, en poussant à leurs dernières limites la spoliation de la bourgeoisie et l'affamement du prolétariat? Ce serait un peu long et les victimes des iniquités sociales ont peut-ètre le droit de se retourner sur le gril de leurs tourments et de se demander si l'intervention sociale, sans préjudice des intégrales transformation futures, ne pourrait pas hàter quelque peu la marche trop lente des maturations historiques et des fatalités économiques. Or, (nous pouvons le dire, nous, qu'on a vu le fusil au poingt et qui saurions encore faire notre devoir de ce chef), intervenir révolutionnairement n'est possible qu'à certains moments de crises assez rares dans l'histoire des peuples et les tentatives intempestives peuvent empirer douloureusement le présent et compromettre gravement l'avenir, tandis que l'intervention réformiste est toujours de saison.
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