La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

UNE PRÉFACE 397 lII Deux voies peuvent conduire à cette terre promise des justices. économiques, des splendeurs sociales et du bonheur commun. La voie révolutionnaire est plus rapide, mais combien plus incertaine et plus douloureuse ! Outre les irréparables sacriÎlces de vie humaine qui ensanglantent les jours de lutte, il faut toujours compter, en révolution, avec la longue, l'inévitable et terrible crise de transition et de misère générale, pendant laquelle tout le monde souffre et que suivent, le plus souvent, 'les moments de découragement et de doute si favorables aux réactions i:1exorables. Il y a là un grand danger qu'on évite en suivant la politique, qui consiste à arracher aux pouvoirs publics le plus de réformes possibles. D'aucun visant plus spécialement les idées et les propositions formulées dans le présent ouvrage objectent que la socialisation des monopoles serait dangereuse en ce qu'elle mettrait une formidable puissance économique entre les mains de la classe bourgeoise, qui déjà exerce le pouvoir politique, au détriment des intérèts populaires. L'objection serait fondée si les directeurs actuels des Compagnies fina:1cières et des grandes concentrations capitalistes étaient contre l'Etat bourgeois, les champions de la liberté humaine et de la justice économique. Il nous semble qu'il n'en est rien et qu'entre la bourgeoisie dirigeante et la bourgeoisie exploitante, il n'y a divergence que lorsc:ue, sous la pression du suffrage universel, les gouvernants veulent défendre la pensée moderne contre les empiétements d'un cléricalisme agressif ou garantir aux travailleurs le droit d'association qu'on a pu introduire dans nos lois, mais que les capitalistes ne veulent pas laisser entrer dans les mœurs. Dans ces cas seule,nent (et autres, analogues), l'opposition des exploitants contre l'Etdt, selon eux trop démocratique, se manifeste; l'on conviendra que ce n'est ni pour le progrès intellectuel, ni pour le progrès social et que l'évincement,par l'Etat démocratisé,des parasites ploutocratiques, ne mettrait pas la civilisation en péril. A quelque point de vue qu'on l'envisage, la mainmise de l'Etat ou des Communes sur les monopoles serait profitable à la dignité, à l'indépendance, à la sécurité, au bien-être des travailleurs et nulle liberté ne serait par là mise en péril. L'organisation des actuels monopoles d'Etat est des plus défectueuses ; cependant il faut bien reconnaître que les travailleurs qui en dépendent sont moins mal traités que les salariés des grandes compa-

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