La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

UNE PRÉFACE 305 légende et le peuple travailleur doit choisir entre l'a~servissement auxgrandes compagnies (ou à des collectivités patronales quelconques) et le travail socialement organisé et s'effectuant sous le haut contrôle soit de l'Etat, soit de la Commune. Par ce motif, il serait temps de se défaire de cette peur enfantine de l'Etat qu'affectent surtout les bénéficiaires du système capitaliste. Je sais bien que les gaspillages administratifs de l'Etat actuel nesont pas faits pour encourager les socialistes dans les voies de !"étatisation, mais on ne doit pas oublier que la direction de l'Etat est livrée à ses pires ennemis: aux classes parasitaires et aux bourgeois libéraux. Pour ces gens-là, l'employé d'administration est pourvu d'un bénéfice obtenu par faveur, d'une sorte de privilège, non d'une fonction. De là, ce parasitisme administratif que le député Charles Bauquier dénonce si méritoirement en France. Le premier article de ·notre programme comporte !"épuration de cette tourbe paresseuse et gaspilleuse, véritable stratification de sinécuraires laissés là par tous les régimes, et à laquelle chaque ministère ajoute une couche nouvelle. Cette réforme de plus en plus nécessaire viendra: L'universalisation de l'instruction publique, la continuelle pratique de l'électorat, le développement des institutions libres,. la complète liberté de réunion de paroles et de presse sont autant de facteurs d'une prochaine et radicale tran~formation administr2tive. Ainsi tombe la plus spécieuse des objections libérales contre le collectivisme réformiste. Il Au total, il ne s'agit pas dans ces systèmes d'enrégimenter autoritairement les travailleurs, 1~ liberté de vocation y sera autrement respectée que dans le système actuel où le prolétaire est de plus en plu~ réduit à s'humilier pour ètre admis aux labeurs les plus exténuants, les plus répugnants. les plus meurtriers et les ~ insuffisamment payés. Peut-on parler de choix à celui que la grande industrie a dépouillé' de son habileté professionnelle et qui a constamment devant les yeu,x le spectre du chômage et de la faim(?). Je m'arrète à ce mot de chômage. Les douleurs des sans travail, ceux qui les ont conriues savent ce que vaut dans la Société capitaliste cette sinistre plaisanterie de la liberté du travail, qui est le grand argument des économistes de la vieille école. Non, il n'y a plus de liberté du travail pour le salarié, ni mème de liberté de vocation, il n'y a pour lui que des labeurs arbitrairement dirigés, insuffisamment rétribués et qui 'bien loin de lui donner la sécu-

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