391 LA REVUE SOCIALISTE rées sous lequel nous ployons ; l'entassement d'institutions et d' organisations iniques que nous subissons, comment s'y prendraient les novateurs réformistes.si hardis en critique,pour,-sans trop heurter les intérèts en lutte, sans trop effaroucher la masse des panurgiens,sans cesser d'ètre équitables et pratiques, - supprimer immédiatement l'extrème misère, améliorer de suite les conditions du travail et orienter la société régénérée vers les justices nouvelles que promet le socialisme collectiviste. De cette mise en demeure cent fois renouvelée, j'ai osé faire le· programme du présent ouvrage. La tàche était lourde, et si j'ai failli, peut-ètre me sera-t-il au moins permis de croire que, si défectueuses. que puissent être les pages suivantes, elles auront leur utilité, en tant qu'elles constituent le premier développement méthodique et systématique des propositions pratiques du socialisme contemporain. Ne voulant esquiver aucune difficulté et désireux de rester danslè domaine du tout à fait possible, j'ai supposé non pas un parlement co!lectiviste, mais un parlement sur lequel agirait une forte minorité socialiste qui, avec l'appoint de progressistes clairvoyants, serait arrivée à constituer une majorité sérieusement réformiste. J'espère ainsi avoir évité les errements utopiques. On ne manquera pas de me trouver d'autres défauts. Tout d'abord les libéraux me reprocheront de sacrifier la liberté économique au fonctionnarisme universel. Ma réponse sera brève. Dans le système de production capitaliste qui, de plus en plus. envahit tous les compartiments de la vie sociale, dont il évince rapidement la petite industrie, le petit commerce et la petite propriété, il n'y a plus de place pour la liberté. Ce qui domine déjà aujourd'hui, ce qui sera le fait général demain, c'est l'asservissement de tous les travailleurs à des exploiteurs anonymes aussi puissants qu'irresponsables, aussi avides qu'impitoyables. Demandez aux employés des chemins de fer,aux ouvriers des mines, aux prolétaires des haut-fourneaux et des grandes fabriques, aux salariés des deux sexes, à cette masse dolente si durement commandée dans le travail et qui s'exténue pour un salaire insuffisant et incertain, n'ayant en perspective que le lamentable dénuement d'une vieillesse abandonnée ; demandez à tous les exploitts s'ils se sentent bien libres sous l'anonyme tyrannie ploutocratique qui les opprime, les pressure et les dévore. li ne s'agit plus de se payer de mots. Au point où nous en sommes de l'évolution économique, la liberté du travail n'est plus qu'une.
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