380 il traitait toute chose. et j'entends les plus graves, d'une manière tellement objective, il parlait avec tant de réserve dans le ton et dans les mots, il s'effaçait si bien mème quand il cédait au besoin de s'analyser, que cette lettre, si spontanée, m'a bouleversé. Et j'ai vu le vrai Camille ; dépouillé de tout ce que les conventions actuelles, Jouables pudeurs morales en somme, mettent sur notre face et sur nos pensées. A présent, est-ce bien le vrai que j'ai là, sous mes yeux, dans ces lignes où s'avoue une réelle angoisse? N'est-ce pas plutôt l'autre. celui des nuits récentes, correct, froid, paisible et ne laissant jamais étemdre sa cig:i.rette dans les absorbantes conversations où je me passionnais en dévorant un cigare éteint, trempé de salive? Mais vous l'avez dit; vous ètes complexe : j'ai donc de vous deux portraits également ressemblants, ou plutôt deux esquisses également incomplètes. Mais où diantre avez-vous vu que j'avais entrepris de vous _guérir? Je m'en serais donc vanté. dans l'emballement de la discussion ! Si je vous ai réellement fait cette promesse téméraire. je dois au moins un peu de baume à vos blessures. Mais votre mal est de qualité si rare, le souci qui vous ronge est si noble - ne pas consentir à limiter le réel aux contours que lui assignent nos sens incomplets encore! que vraiment j'hésite. Si vous étiez artiste, je vous abandonnerais tout net à vous-mème, sùr que votre peine enfanterait d'harmonieux chefs-d'œuvre. Homme de loisir, le mal vous dévore inutilement; je vous dois mon faible secours. Puisqu'il est entendu que je ne prétends pas vous indiquer une orientation nouvelle, (si j'ai pu vous le donner à entendre, je vous en demande pardon) laissez-moi vous dire quelle direction j'ai suivie et comment, parti de n'importe où,. j'ai, par mille traverses, sinon conquis le bonheur et la certitude, du moins la paix intérieure et des règles de conduite relativement sûres. Et, d'abord, tenez pour certain qu'il vaut mieux s'appuyer sur des principes faux mais bien liés entre eux, plutôt que de n'avoir pas de principes, ou d'en avoir trop et de contradictoires. Confession pour confession : Pas plus que vous, je ne suis un simpliste. L'homme normal d'aujourd'hui est nécessairement complexe. et je plains celui qui ne sent pas en soi se débattre le passé et combattre l'avenir. C'est vous dire si j'aime votre recherche inquiète et vos fières révoltes. Non, le ressort n'est pas brisé en vous et il vous manque bien peu de chose pour être prêt à entrer dans la vie et collaborer à la grande œuvre, celle qu'on attend du siècle qui va s'ouvrir. Mais revenons à moi. Je suis un ho.mme de foi, et pourtant, je le répète, je suis un complexe. Croyez-vous, d'ailleurs, que l'idéal soit ouvert aux seuls
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