La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

B88 LA REVUE SOCIALISTE La suave et puissante harmonie wagnérienne m'a donné un instant la sensation de l'unité dans l'infinie wmplexité; mais j'ai commis la faute d'esquisser cette pensée devant un fanatique du Maître de Bayreuth; le cuistre m'a fait une théorie, l'a appliquée à son piano, et je suis allé ailleurs. j'ai tenté de manier les engins des laboratoires ; mais je posais tant de questio:1s, et on y répcmdait si peu ... Je suis allé ailleurs .. j'ai demandé à un philosophe pourquoi l'on doit faire son devoir. Il m'a répondu : << Parce que c'est le devoir.- Mais encore? - Parce que votre conscience l'ordonne.- Et si je n'ai pas de conscience?». Le philosophe n'a pas répondu, etje suis allé ailleurs. j'ai posé la mèrne question à un matérialiste; il m'a répondu comme un curé : « Parce que c'est votre intérèt.- Et si mon intérèt n'est pas de faire mon devoir?». Il s'est tu, mais j'ai lu ceci dans ses yeux:« Alors ne le faites pas>>. Je suis allé ailleurs, j'ai remué en bonne compagnie la cendre des antiques sagesses et dressé des autels aux dieux abolis ; j'ai accepté les postulats les plus bizarres en faveur des conséquences spéculatives et morales possibles; billets protestés partout, et c'est en vain que j'ai fait crédit au Bouddha et à la Kabbale. Je m'en suis allé. Où aller, maintenant? Si vous le savez, dites-le moi. Sinon, pourquoi ëtes-vous venu arrèter ma chute 1 j'allais me mettre à vivre de la vie ambiante et chasser de mon cerveau toutes ces fumées, au risque de le vider, avec l'es;poir de le vider mème, et d'y loger les idées de mes voisins, que je vois si heureux, insectes dansant un seul matin dans un rayon de lumière; je disputerais sans conviction, par passe-temps, et ferais des plus graves problèmes un bref sujet de conversation quand tout serait dit sur la femme en vue, les chevaux en forme et la Bourse en hausse. Si vous croyez que le sauveta!re en vaille la peine, répondez-moi à Ca:1nes, où je serai quand cette lettre vous arrivera. CAMILLE. RÉPONSE. Château des Brouillards, 12 noven,bre. Pour mon apprentissage de psychologue, mon cher camarade, vous me donnez un fameux écheveau à dévider. Tout d'abord, je pense que vous vous rendrez compte qu'une lettre ne me suffit pas pou1· vous connaitre: vous vous y montrez tellement différent de ce que vous étiez dans nos causeries qu'il faut vous en prendre à vous. s~ul. L'homme qui me parlait, dans les promenades que vous. rappelez, me semblait revenu de tout après avoir tout effleuré; mais.

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