L'Ai\IE DE DE)IAIX 387 ta vie intérieure et quelle ta vie de relation, si tu ne sais ton utilité entre les mains de Celui qui mène tes gestes? Et si j'admets avec toi que l'inconscient mène aussi ma pensée, son but obscur est donc que je tende à découvrir la raison des choses pour y conformer mes actes. On ne vit pas seulement de rêve, encore que ce soit le meilleur. Comment se mêler aux gens de sa race, être parmi eux fils, amant, époux, père, citoyen, si on ne se sent rien de commun avec eux? Je voudrais, je veux bien sincèrement être l'homme de Térence. Mais quelle religion fera cesser mon indifférence? Par quel culte rentrerai-je dans la famille humaine? Ceux qui croient sont absurdes, et ceux qui nient incomplets, sans âme. Les premiers croient par pur égoïsme : s'ils font le bien, c'est pour l'amour de Dieu, et leur dieu c'est eux, qu'ils espèrent loger en paradis. Les seconds sont maintenus dans l'égoïsme primitif par ieur incroyance: à quoi bon donner pour ne point recevoir? Le monde moral ne fonctionne plus que par la force acquise; mais déjà des organes s'arrêtent; encore un peu de temps et tout s'arrêtera. La science, avec ses microscopes, aura si bien déchiqueté tous les éléments, ses réactifs les auront si bien décomposés, • qu'à quiconque voudra parler idéal, devoir, vertu. honneur, éternité, mille savanteaux sortis de la mutuelle pourront répliquer en ricanant : Des absolus ! des abstractioi~s ! Oh ! là là ! ... Ehl n'en suis-je pas déjà un peu moi-même, de cette triste engeance! Est-ce que si ma vie intérieure est toute absorbée par une mystique aspiration vers une synthèse informulée, ma vie de relation n'est pas toute empoisonnée par l'obsession analytique! Ainsi, je suis un sentimental tje vous ai promis une confession sincère) et pourtant je n'ai jamais pu consentir à être la dupe de mon cœur ; et j'ai sur la conscience quelques vilenies ~rnoureuses dont je vous supplie de m'épargner le récit. A présent, me connaissez-vous ! A tout le moins, devinez-vous mon âme, l'àme d'aujourd'hui, que désolent l'inanité de la foi et les brutalités de la science! La cure que vous entreprenez, je l'ai tentée seul, ou plutôt j'ai cherché avec les jeunes gens de mon âge. Chose étrange, je me suis vite senti seul au milieu d'eux. Des esprits très brillants, des âmes très saintes m'entrainaient pour un temps dans leur orbe, et quand je me croyais en repos, une radicale incompatibilité me projetait au loin, et la nuit se reformait autour de moi. Mais je ne les quittais point assez vite que je ne m'aperçusse du factice et de !'emprunté de leurs lumières, et comme ils erraient. La vo;x humaine est un si noble instrument que j'ai laissé avec Joie les he;-rnétiques rhapsodes du jour berœr mon inquiétude de leurs rxthmes point obscurs p:)Ur qui se contente de percevoir et de sentir la couleur et le son des vocables précieux; mais les aigres disputes des esthétiques rivales m'ont sottement réveillé, et je suis allé ailleurs.
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