378 L.\ REVUE SOCIALISTE sieur Bet:;y. i\léténier n'a rien de l'écrirain anachorète et bénédictiu, qui s'acharne à son œuvre sans désemparer, la choie, la cajole. l'affine de plus' en plus. li a trop d'impatiences, de sou<lainetés, pour cela. Le peuple dit des gens comme lui qu'ils ont du vif argent dans les \·eines. Ne demandez donc pas à i\Iéténier des écrit:s spéculatifs, il ne sera jamais un psychologue. mais il i-cnourelle arec un moderne brio la tradition des romanciers d'action. Il sait roir la vie moderne, il sait en dire le pittoresque caractéristique - il l'a prou ré dans la Chair, la Lutte pour l'Amour, et Ze:.ette où il décrit le monde forain, les romanis et les dompteurs, la Banque et le Voyage, qui sont <les documents. L'argot n'a pour lui aucun secret.; arec Richepin et Bruant il est un des rares qui comprennent et expliquent cette langue si bizarrement colorée, rivante. Il y aurait un livrefotéressant à écrire, notons-le en passant, sur la littérature argotique. Par cette compréhension si rive de l'existence, de l'allure des gueux modernes, i\Iéténier se montre supérieur à ses deranciers. et se révèle original créateur. Il a des négligences dans son écriture; il est peu descriptif, mais ses dialogues sont d'une extraordinaire intensité. Ce qui nous plait surtout en lui, c'est surtout encore qu'il l'entoure d'un rnile de scepticisme gouailleur, ~ne émotion, une pitié profonde et sincère pour les malheureux. li a beau tenter de nous faire croire qu'il est de ceux à qui on ne la fait pas au sentiment, bien réelle est cette pitié. Dans un article qu'il consacrait naguère au chansonnier Bruant, il l'affirma de façon nette et suffisamment éloquente. Zezette et le Goi·ille nous en fourniraient d'autres preures. Bien que le Gorille ne soit pas une œurre à prétentions sociales, l'histoire de ce père, qui assiste impuissant au martyre de sa fille, n'est-elle pas une flagellation pour la loi actuelle, qni ne semble faite que pour aider à la satisfaction des appétits violents, et ne sait pas sérir contre le meurtre d'une conscience'? Là-Bas, Joms J.,:ARLHu,s:11ANS.Tresse. éditeur. L'auteur a publié de meilleures œuvres. Si ce roman, Là-Bas, n'est pas absolument à dédaigner, c'est que l'auteur est resté quand même un merveilleux artiste et un remarquable styliste. C'est une singulière dé\·iation d'un esprit très moderne, que cette œuvre de pensée .rétrograde, d'étude hâtiYe; car nous ne voulons point considérer Là-Bas comme le prodrome d'une décadence. Par horreur du banal, J. -K. Huysmans nous a habitué, il est vrai, à d'assez curieux paradoxes, mais celui-ci est vraiment par trop monstrueux. Que i\I. Huysmans ne fasse pas toutes siennes les théories émises par ses personnages, soit. nous l'espérons et nous le croyons volontiers. mais nous aurions aimé à le savoir. Faute de conclusion, nous sommes assez incertains. J .-h.. Huysmans semble croire à la possibilité d'une restauration religieuse. Il s'exagère, cela parait la l'éaction ~piritu~li»tt'. Cc <1ue
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