371 LA REVUE SOCIALISTE contrat, celui qui fournit la chose indispensable pour qu·on puisse Yi\'rC en tral'aillant, c'est-à-dire la terre et le capital, celui-là dictera les conditions du marché et il fera en sorte que la rente soit portée au maximum et le salai1·e au minimum. La loi darwinienne de la lutte pour la ,·ie règne sans entra,·e dans le monde économique. C'est le plus fort qui l'emporte, et le plus fort sur ce tenain, c'est le plus riche. » Telles sont, en résumé, les conditions du travail à notre époque. :'\ous accuscra-t-on de renier les principes de la Rél'olution, si nous proclamons la nécessité de l'intel'vcntion des poul'oirs publics pour refréner les abus, pour protéger le travailleur Llans son isolement et dans sa détresse? Est-cc que les conditions sont les mêmes en lî91 et en 1891? Les hommes de la Rél'olution poul'aicnt-ils prhoil', à cent ans de distance, les effets de la loi qu'ils rotaient, et supputer à l'arancc les antagonismes de classe que devait amener à sa suite l'expansion prodigieuse de la gl'ande industrie'? Et d'ailleurs, cette liberté du trarail dont on parle tant, est un leurre ou plutôt un mythe. Existc-t-elle? En théorie: oui. En fait: non. Le travailleur a une liberté indéniable, celle de mourir de faim. C'est la seule qu'il possède effecti l'ement. Qu'il ait la li bcrté de défendre ses intérëts en s'associant, en s'organisant, que la loi le mette à l'abri des exigences fatales du capital, que le légiidateur s'ingénie à le préser\'cr <le la mi- !>èredans l'àg-e de force comme dans la \'ieillcsse, \'Oilà ce que nous l'OUlons. Est-ce là faire litière de la déclaration des Dl'oits de l'homme? S'il y a un droit qui prime tous les autres, c'est le droit de \'i\'re en tral'aillant. Nous Youlons que ce droit ne soit pas seulement théorique, mais réel. Pour 1.:ela, l'action de la loi est indispensable. Les doctrines des physiocrates qui ont inspiré le législateur <le lî91, sont dc\'enues non seulement inefficaces à notre époque, mais essentiellement impropres à parer aux nécessités du moment. L'intel'l'ention des piu\'oi1·s publics dans les rapports du capital ctdu tra\'ail est, au contrai,·e, aujourd'hui, le principe le plus indispensable qui soit pour assurer la libcrtu l'raie des trarnilleurs et sau,·egarder la paix sociale. C'est cc que l\I. de La,·eleyc démontre surabondamment. en dépit des théories de la lutte pour l'existence si faussement interprétées par les économistes orthodoxes. * ,. ,. Je ne Youdrais pas termine,· cette étude sans dire quelques mots d'un dernier chapitre consacré à la réfutation du livre bien connu de l\I. Herbert Spencer: !'Individu contl'e l'Etat. i\I. Herbert Spencer et les économistes à sa suite attendent le progrès du fonctionnement l'égulier des lois naturelles. Vouloir par l'action des pouyoirs publics relever les classes laborieuses, afin de faire régner plus d'égalité parmi les hommes, c'est, pour eux, remonter le cours de l'histoire et marcher à reculons. Leur idéal serait de voir appliquer dans toute sa rigueur la loi biologique de Darwin, de la lutte pour la vie. Laissez faire, enle\'ez toute b:t1Tière, supprimez tout frein à la liberté, et la sélection des mieux <loués, des plus
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