La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

REVT:E DES LIVRES aptes, se fera naturellement pour le plus grand profit de la race et le plus grand bonheur des inctividus. l\I. de Laveleye fait remarquer arec grande raison t1ue l'application aux sociétés humaines de la loi « de la surrie des pl us aptes » et de la sélection naturelle est uu rève, que le règne animal et l'organisation sociale sont des milieux complètements différents et où, par conséquent, les mèmes lois doi\·ent avoir des effets tout autres. Dans notre état social, dit-il, « le riche mal constitué, incapable, maladif, jouit de son opulen:!e et fait souche sous la protection des l~is, et si un Appollon doué de la force d'un Hercule, reut lui enlerer ce qu'il possède, il est mis en prison. Il sera mème pendu, sïl s'a\·ise d'appliquer à son profit la loi darwinienne de la ~élection qui se résume en ceci : Place aux forts, car la force est le droit et il est utile quc les forts l'emportent. » Et d'ailleurs oü voit-on que· ce soient les mieux doués physiquement et intellectuellement qui l'emportent toujours? Que de fortunes rapit.les faites au moyen de manœuvres à la Bourse, par des tromperies, par des fraudes, par des tactiques aussi habiles que malhonnêtes? « Ce qui fausse complètement l'application de la loi darwinienne aux sociétés civilisées, c'est le régime de l'accumulation et de la succession des biens. Parmi les animaux, la survie des plus aptes a lieu, parce qu'à chaque génération nourelle l'indiridu se développe, se fait sa place et se perpétue en raison de ses qualitt!s propres; et ainsi se produit ce « procédé de purification », dont l\f. H. Spencer fait ressortir les bienfaits. » Dans les sociétés humaines, au contraire, tes qualitt!s prop1·es ne sont pas toujours des .éléments certains de succès. Si r'indiridu qui en est doué, ne nait pas au surplus clans certaines conditions de rang et de fortune, il a des chances pour ètre vaincu par d'autres mieux armés que lui socialement, ceux-là seraient-ils malingres, gâteux ou bossus. C'est justement pour chercher à rétablir l'équilibre naturel rompu pa1· les conditions économiques et sociales, que M. de Laveleye réclame l'intervention du législateur en faveur des classes opprimées. Je recommande tout particulièrement ce chapitre aux individualistes intransigeants. Outre que la discussion y est menée avec une logique irrésistible, ils verront que M. H. Spencer lui-mème, clans une réponse insérée à la fin du rolume, a concédé à son adrersaire ie point capital en question. Il y a dans le livl'c de M. de LaYeleye beaucoup à glaner. Mais il y a aussi beaucoup à laisser. Son admiration sans bornes pour le christianisme, à qui l'humanité est 1·edevable, parait-il, des sentiments de bonté et de fraternité, et qui a fait nalt1·e dans nos cœurs les idées qui ont donné naissance aux revendications égalitaires, cette admiration n'est rien moins que fondé~. Je dirai même que c'est tout le. contai1·e qui est la vérité. Sans entreprendre une discussion sur cc point, dans cette étude 1 déjà tl'0p longue, il me s_uffira de faire remarr1ucr arec 1\1. H.cnan que le

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