REYUE DES LIVRES 3ï3 « idées de désordres », etc. ; rnus y chercheriez en vain une analyse exacte, consciencieuse, de bonne foi, de ces « périlleuses doctrines ~- Rien, rien que des aper<;us raccou1·cis à plaisir, dénaturés mème, a\'cc des appréciations fantaisistes et surtout des qualificatifs sonores qui restent dans la mémoire et doirent suffire à l'édification des futures « classes dirigeantes. -,, Le livre de M. de Lareleye est tout le contraire. C'est un exposé exact, fidèle et aussi complet qu'on peut le désirer. J'ai lu depuis lés é<'ri\'ains socialistes eux-mêmes et j'ai pu m'assurer de la sincérité de l'auteur. C'est le plus bel éloge qu'on puisse adresser à celui qui traite d,: ces matières, dans un moment surtout où tant d'économistes officiels se font un devoir de mettre la lumière sous le boisseau. M. de Laveleye est loin de partager les idées des socialistes allemands, mais il a pensé qu'ils fT!él'itaient d'ètre étudiés comme doi\'ent l'être des savants, sérieusement et non arec un parti pris de malveillance. A\'ec lui, on fait connaissance a,·ec toutes les variétés du socialisme: les théories allemandes de Rodbertus--Jagctzow, de Karl Marx, de Lassalle, le socialisme consel'vateur de l\I. de Bismarck, Je socialisme évangélique, le socialisme catholique. L'histoire de l'internationale est traitée également avec une grande richesse d'informations, les données du collectivisme et de la nationalisation du sol sont l'objet d'une étude intéressante et de judicieuses critiques. Enfin, dans un autre chapitre, M. de Laveleye nous expose les principes des socialistes de la chaire (](athecle1·-socialisten), économistes, dit-il, qui admettent premièrement« que l'équité devrait présider da,·antage à la répartition des richesses, et que notamment la part des trarnilleurs devrait être plus grande; secondement, que ce résultat ne peut être atteint par l'effet de la liberté, ou de cc qu'on appelle les lois naturelles, mais seulement par l'action de la loi ou de l'Etat. -,, C'est pour ce genre de socialisme que J\I. de Lavelcye semble aroir un penchant tout particulier. C'est de lui qu'il attend des améliorations pratiques, capables d'ériter à la ~i\'ilisation l'aléa d'une rérolution sociale. Ceux qui sont encore réfractaires aux idées d'intervention sociale pourront trouver là des considérations solides et toutes d'actualité. ~e voyonsnous pas, tout récemment encore, prôner la loi de 1791 sui· la liberté de l'industrie et du travail, comme le dernier mot .de la politique économique? Ne répête-t-on pas de nos jours que les essais de« lois sociales>>, sont autant d'atteintes portées aux principes de la Révolution? A ce propos, M. de Laveleye démontre très bien que la loi de 1791 a eu un double résultat. D'abord elle a mis fin à la réglementation surannée qui étreignait, à l'époque, toutes les manifestations de la vie économique, et permis ainsi à la production de prendre un essor inconnu jusqu'alors. Les découvertes scientifiques ont surgi tous les jours plus merveilleuses, l'industrie humaine a triomphé de plus en plus des fatalités naturelles. La richesse publique s'est accrue dans des proportions considérables. Voilà les effets merveilleux _qu'à produit la. loi de 1791. Yoici les, effets désastreux: elle a isolé l'ounier et l'a li\'ré sans défense à toutes les fluctuations du marché et des luttes de la concurrence. « Nous vi\"ons sous J., régime de la pleine libe,-té d~ contrnt, dit notre auteur; mais da;IS tout
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==