La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

33"1 L.\ RE\"UE SOCIALISTE quP. le mot de « plus-value ». Il faut lui . avoir gl'é d'avoil' enseigné que la guerre des classes ne sulril'a pas pour résoudre le prohlème social et de n'avoi1· cessé « de c1·iei· à ses frèl'es en sociali&mc que la revendication économique des prolétaire,; n'aboutira qu'en s'appuyant sui· les forces momies, ces rayonnements intérieu1·s de la natu1·e humaine "· C'est justement pour mieux exprimer ce programme que M. i\lalon donne à son nouveau livre le titre de Socialisme Intégral. en entendant par là le socialisme envisagé sous tou& ses aspects, avec toutes ses manifestations possibles, non seulement dans la Propriété ou l'Etat, mais aussi dans la Famille et la Religion. Voilà qui est tout lait et tout miel, n'est-il pas vrai ? Attendez, l' absinthe est au fond. M. Ch. Gide déclare que le Socialis111leulégral est plein de lacunes et il en donne entre autres preuves que l'auteur à propos de mariage a cité les Cours d'a111011r dont l'existence est problèmatique.Pas davantage, selon M. Gide, il n'aurait dü qualifier de socialistes les économistes Cauwès, Clark, Carroi Wright, Schmoller, Scheaffie. 11 y a là un abus de mot de la part de M. Gide; Malon range les écrivains susnommés parmi les socialistes prnfessoraux, en d'autres termes parmi les socialistesde la cbaire, et non parmi les socialistes proprement dits. Or. n'en déplaise à l'éminent directeur de la 7?...ev1d1'éeco11011p1oie!iliq11e, l'appellatif ainsi restreint est irréprochable. Voici maintenant un autre reproche. Malon donne de bons conseils de relativisme. de tolérance et de bienveillance, mais d'après M. Gide (qui nous parait un protestant très orthodoxe) il ne les pratique guère lui-mème. Savez-vous pourquoi? li accuse le christianisme d'avoir dPtntit les arts et la lJeautè, sans réflrchir que s'il a dètruit l'art antique, il a fait renaltl'e une autre fo1·mede rart, celle des cathédrales et rlcs frf'sques du Yatican, re qui peut valoi1· au moins comme circonstance atténuante. JI appelle saint Paul « un néfaste amhitieuxn. saint Augustin « un monstre de sophistique et de cruauté », f:t rrproche à celui-ci d'avoir enseigné la servitude de la femme, sans parait1·e se souycni1· de la page fameuse où Augustin nous !'aconte comment, assis à côté de sa mère l\lonique et confondant leurs âmes rlans un mème transport., ils ont goûté pendant quelques secondes les joies ineffables du ciel. Tout ce qui touche de près ou de loin au ch1·istianismc, p1·oduit évidemment sur cet excellent homme le même effet que le rouge sui· un tau!'eau. Et enCOl'Csi <:c n'était que les idées ou les institutions rhl'étiennes que M. i\lalon exécute de cette façon sommaire ! mais l'ien de ce qui a été, pour ainsi dil'I), ne trouve gl'àcc devant lui. Il 1·ééditc cette banalité de Michelet sur le ~ funèbre moyen-âg,~, cette Terreur de mille ans l>, évirlcmmcnt parce q11~ le moyen-âge était imbu de catholicisme. Voilà le crime dans toute son horreur. Seulement M. Gide ne réfute rien. Le Christianisme a t-il, oui ou non, fait un monceau de cendres de toutes les splendides réalisations de l'art antique ? Est-il vrai que jamais le monde n·a vu destructeurs plus barbares que ces moines sauvages qui parcouraient les provinces pour briser les statues et détruire les temples et dont le fanatisme criminel alla jusqu'à l'incendie

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