La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

326 LA REVUE SOCI.\LlSTE L'honneur est grand à Benoit Malon d'avoir· su revenir à la si généreuse et si noble tradition des penseurs qu'avec raison il revendique comme ancètres du socialisme. Le regretté César De Paepe, l'en félicitait dans une lettre datée de Bruxelles, du 12 septembre 1890 dont le fidèle ami, le vieux compagnon de lutte de l'admirable penseur belge peut avoir quelque fierté. En voici un extrait : Et moi aussi, mon che1·, tu peux m'inscri1·e parmi les adeptes <lu socialisme intégral, bien que les circonstanct!s m'aient amené à m'orrupe1· plutôt <lu côté économique du socialisme. Mais toujours j'ai vu dans le socialisme autre chose encol'e qu'une nouvelle organisation d11ti·avail et de la. p1·opriété, ou qu'une plus équita))le répal'tition des richesses parmi les hommes. Toujou1·s j'ai considél'é que le socialisme touchait à tous les côtés de l'homme et de l'espèce humaine et que, à l'insta1· du philosophe antique, il pouvait prendre pour devise: Nihil hwnanum a me alieniim puto. Notamment la morale et le droit, l'anthropologie et la criminologie, l'hygiène publique et la philosoµhie de l'histoire, la pédagogie et la démographie. les questions philosophiques et religieuses, . e ressentirnnt presque autant que l'économie politique elle-mème de cet immense et complexe mouvrment d'idées soulevé par le :socialisme au XIX• siècle. La littérature, les beaux-arts, les conceptions esthétiques ne lui sont pas plus indifférentes et porteront également la marque de son influence. L'auteur du Socialis111Ientégral a prouvé, ainsi qu'j! l'avait promis, «·que le socialisme dans ses principes et dans ses réalisations répond « à tous les besoins matériels d moraux de la nature humaine.» Et voici diverses appréciations qui le démontrent. Dans le Jaumal Flécbois ( 17 septembre 1890 ). sous la signature de Jean Bernard, on trouve: Aussi la publication de Benoit Malon Yicnt-elle à point re_ndre un grand service à la politique contemporaine, exposée, faute de saYoir-, à s'égarer dans des discussions inutiles ou dans <les· développements hors de portée. Car, Benoît Malon possède cette qualité maitresse dont on ne sau1·ait trop le louel', c'est qu'il dégage les théories soriaU,,-;tesdes brumeuses régions de l'utopie pour les placet· dans le champ d'activité de la pratique. M. Henri Aime!, dans la Presse du 2 3 septembre, annonçait en termes élogieux la publication du Socialis111Inetégral et le 30 septembre dans la Victoire (de Bordeaux) qu'il dirige il concluait ainsi un nouvel article : En tous cas, qui donc peut prétend1·e qu'un tel programme ne soit pas complètement humain? Qui donc peut dire qne lP.s réformes exigées ou désirée,, par le socialisme ne sont pas eonfo1·mes aux idées de justice et de fraternité, de bonté, à la véritable conception de l'ordee et du progrès dans les sociétés modernes? Ce sont ces idées que l\Ialon, avec une ch1ileur communicntive de pensée, un enthousiasme sincère· et surtout ce pt·ofond amour de l'humanité, 1:ette Pitié sainte dont il !'ait la déesse de la religion future, enseigne et démontre dans son livre.

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