La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

LE SOCI.-\LlSi\lE l"TJ'.:G RAL ET LA PRESSE 320 Le Socialisllle Intégral a puissamment servi, ce nous parait, l'idc::e que nous défendons, tant par sa logique persuasive que par son élevation de pensée et l'ardente conviction, l'inébranlable foi qui J'anime. Dans un récent ouvrage de M.F. Paulhan: le No11vea1M1ysticis111e, nous trouvons la page que voici : Il y a cel'tes des raisons de recommandct· la ft·oideu1· dans l'olJservation et dans le raisonnement; cependant, il ne faut pas oublier que, ,;i l'objectif de nos recherches nous laissait complètement indill'c\J'ents, nous ne f'e1·ionspas ces rechcl'cltes, et que si le résultat ne nous impol'tait en rien, nous ne trnuvcl'ions pas ce 1·ésultat. Autant que la f'1•oiclcu1r·le la 1·echerclte, l'émotion qui la précède et l'émotion qui la soutient et l'émotion qui la suit sont MsiralJlcs, au moins dans l'état actuel de l'humanité; et c·est encore un signe de l'état de l'àme moderne que cette recherche des grands résultats _jointe ù l'emploi des moyens les plus minutieux, ce mélange de 1·éalisme pratique et d'idéalisme sans limites, de science et d'émotion, de mysticisme, si l'on veut, qui se l'évèle au moins dans certaines fo1·mcs du mouvement social. ~ous le retl'ouvons à quelque degré chez un des chefs du parti socialiste fl'an~·ais, l\I. Benoit Malon, qui pai·alt vouloi1· unir l'es·p1·it idéaliste des écoles françaises rie la pl'emière moitié de ce siècle et l'csp1·it positif' et scientifique de l'école allemande. li insiste . Ul' la nécessité de ne pas se laisse1· « sevrer d'idéal>>et de rnmpla,:cr (< l'ata,·isme l'Cligicux » par(< un va. te idéal humain. pa1· une conception de la vie et du dcvoi1· J)l'Opt·c à ouv!'it· nos pensées et nos cœu1·s à toutts les justices nouvelles. propre à nous fai1·c consentit· ù tous les dévouements, tous les sacJ'illccs qu'elles commandent (l ). M. Paulhan, ne fait que rappeler ici les paroles mème de Malon. <( Oui, trois fois oui, la passion surexcitée pour le bien public. la « vision d'un idéal accepté et caressé le sentiment profond qu·on se « dévoue pour quelque chose de haut et de bon, sont, abstraction faite <( du fanatisme religieux, le,; seuls grands entraineurs des foules. C'est <( par eux que le XVIIIe siècle aboutit; c'est par les irrésistibles <( enthousiasmes qu'ils allumèrent dans les âmes, que le monde vit les ,( merveilles de l'an II, et le triomphe partiel de la Révolution Fran- « çaise. » Le livre même a été l'affirmation de cette théorie. Notre éminent ami a prouvé que le socialisme était, ainsi qu'il l'énonce au début de son << œuvre, l'ab:)Utisssant synthétique de toutes les activités progressives <( de l'humanité présente». Rejetant l'étroite formule de la révolution purement économique, il a proclamé la nécessité d'une révolution connexe dans les mœurs, il a établi les bases durables d'une philosophie sociale. Gl'â--:eà ce livre, déclarait Eugène Foumiêre, dans un compte-rendu des plus judicieux publié ici mème, le socialisme n'est plus une sèche doctrine économique basée sut· la nécessité. li est l'épanouissement no1·mal <le l'humanité en marche ve1·sles justices futures. (1) F. Paulhan : Le Nouveau Mysticisme.

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