La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

LES DESSOl'S DU l'iOTARIAT 307 jusqu'il ce jour, ressemble à 1rn homme ivre à cheval, tombant tantot à droite, tantôt ù gauche. 011 dirait que les sociétés n'ont brisé les jougs des aristocraties sacerdotales et féodales, que pour retomber sous la domination des aristocraties financières, industrielles et administratives. Plu~ que jamais, tout Français nait avec le désir de s'asseoir un jour dans un fauteuil on sut· un rond de cuir. Le fonctionnarisme est un salariat, dernière forme peut-être de \"esclavage de l'antiquité, après avoir passé par le servage. Comme toute servitude, il déprime les caractères, arrête le développement des facultés de l'intelligence, et tarit la source des inspirations nobles et généreuses; l'homme y passe à l'état de rouage inconscient. Un penple chez lequel cet élément dominerait ne tarderait pas à disparaitre, car il stérilise tout; comptant sur ses fonctionnaires, il s'endort et se pétrifie. Les anciens Egyptiens et les Romains, accablés dïmpùts et devenus paperassiers, ont dù, en grande partie, au fonctionnarisme, leur disparition de la scène du monde. Mais ce tableau a un correctif, toujours en nous plaçant au point de vue de l'état de nos sociétés, et non pas à celui des société,s de l"avenir: c'est que l'homme pris jeune dans l'engrenage d'une forte organisation d'un c·orps quelconque, suit généralement son droit chemin, et ne commet pas dé fautes ; si la societé souffre dil fonctionnarisme, l'individu en pro fi te, soit matériellement, soit moralement. Dans beaucoup d'administrations, telles que celles des eaux .et forêts, de l'enregistrement, des contributions directes, etc., le candidat nest admis que jeune; les divers échelons à gravir lui donnent de l'émulation; il ne dépend que de chefs qui, comme lui, ont avancé hiérarchiquement, connaissent le service dans ses moindres détails, et ne se prononcent jamais sur un inférieur qu'en parfaite connaissance de cause. Celui-ci a ses ·notes qui lui procurent un avancement d'autant plus rapide qu'elles sont bonnes; les rapports journaliers entre les inférieur,5 et les supérieurs développent les senLiments affectifs et prédisposent à la bienveillance et au dévouement: en un mot, c'est une grande famille. Enfin remployé peut se cônsacrer sans inquiétude à son service, et le bien faire: la retraite lui garantit l'avenir. En est-il de même dans le notariat et tous les services de la justice? Non. Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on sait qu'on entre daus la magistrature, comme les ànes au moulin : il suffit d'avoir des protections, sans condition d'àge, ni garantie de caractère ni de capacité, car personne ne prendra au sérieux le

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