La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

DES SERVICES CO:\IMUNA UX -21 Depuis lors, diverses mesures ont été prises par la commission des logements insalubres, mais elles sont loin de répo11dre aux exigences de l'état sanitaire. En plein Paris dans le 5e arrondissement par exemple, on trouve de ces constructions biséculaires où végète une population Je misérables, hommes de peine, balayeurs, marchandes de fleurs, débardeurs, amoncelés en des Locaux où il est inipossible de vim~e. Et combien plus lamentable le spectacle que donnent les logements des quartiers avoisinant les fortifications! - Pénétrez dans une de ces casernes, vous serez pris à la gorge par l'odeur fétide et repoussante des ordures pourrissant en quelque cour; l'escalier s'ouvrira devant vous, humide, glissant, sans air ni jour; les chambres vous apparaîtront comme des sortes de trous noirs où vous ne pourrez demeurer dix minutes sans suffoquer, si vous goûtez à l'eau vous la trouverez saumàtre, mauvaise, si vous regardez autour de vous, vous verrez non des êtres humains,. mais des spectres s'agitant au milieu d'une pourriture! Sur 47. 627 locaux habités par de pauvres gens, 27. 385 ne comportent qu'une pièce; 3.735 n"ont ni poële ni cheminée, 6.824 ne sont éclairés que par une tabatièrr., 3. 912 n'ont ni fenéh·es ni tabatières et. reçoivent le jour des escaliers ou du palier. Ceci pour Pal'is; dans les départements la situation n'est pas moins lamentable. Au mois de janvier 1882, M. Martin Nadaud constatait dans un rapport sommaire l'existence de 219.270 maisons sans fenêtres, où le jour et l'air, par conséquent, ne pénètrent que par la porte, ou par un trou pratiqué à cet effet. Naturellement, ,on ferme cette porte, on bouche ce trou lorsque la saison est rigoureuse, et comme les observations recueillies sur ce point attribuent 6 habitants à cJiacun de ces logements - le jeune ménage étant le plus souvent forcé d'accueillir les vieux parents comme les enfants - nous arrivons au total de 1.300.000 personnes abritées par ces taudis infàmes, oit l'on ne respire qu'un air méphitique, essentiellement funeste à la santé (1). Et M. Maz·e, rapporteur de la commission nomniée en suite de la proposition de M. Nadaud de confirmer en signalant « ces cours encombrées de détritus, d'ordures, de tous les débris de la vie des hommes et des animaux )) 1 ces escaliers sans air, sans Lumière, sans cuvettes pour le déversement -des eaux, ces couloirs dans lesquels.circulent, à ciel ouvert, toutes les eaux ména- (l) J, Lœsewitz: La législation du travail.

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