La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

288 LA RE\"UE SOCL\LISTE grandes lignes dans la première partie de cette étude, c'est l'histoire du progrès humain, - et l'avenir de ce progrès ne sera complètement assuré que lorsqu'une fédération de tous les peuples aura mis fin aux conflits internationaux. Mme Clémence Royer soulève une question accessoire, qui a la valeur d'une objection à refuter. L'héroïsme patriotique, dit-elle, le dévouement civique, n'ont-ils été que folie, ou inspirés par un aveugle fanatisme contraire aux intérêts humains? Tout est relatif, répondrons-nous, et si l'on admet, avec Mme Clémence Royer elle-même, qu'à chaque degré de civilisation correspond une formule sociale et par suite une formule morale et distincte, tout paraitra naturel et logique. Le dévouement civique était une vertu admirable tant qu'elle fut utile à la cité. Il était beau de voir un Lacédémonien mourir pour le salut de Sparte. A l'heure actuelle, les citoyens de Sparte qui mourraient pour ressusciter ce particularisme seraient des fous ou des criminels inexcusables. li fut un temps où Bretons et Français luttaient chacun pour leur patrie, et l'héroïsme des Bretons est aussi glorieux que celui des Français. Aujourd'hui les Bretons luttent pour la France, et considèreraient comme des misérables ceux de leurs propres frères qui voudraient les en démembrer. Certes le patriotisme sera une vertu sublime tant que les progrès de l'évolution sociale n'auront pas mis fin au particularisme national ; - mais il deviendra une folie ou un crime le jour où les barrières nationales seront détruites. En résumé, l'état actuel des sociétés humaines, n'est. comme les états successifs qui l'ont précédé dans le cours des siècles, qu'une phase transitoire de l'évolution sociale. Le principe moteur de l'évolution sociale, ce n'est pas la lutte pour l'existence, mais l'association pour l'existence, le bien-être et le progrès. En conséquence, cette association ne peut que continuer à devenir comme elle l'a fait jusqu'ici, de plus en plus générale, de plus en plus étroite. Les nations fusionneront donc tot ou tard entre elles, comme ont fusionné les groupes sporadiques, jusqu'à ce que l'humanité entière ne forme plus qu'une seule nation. Les vertus patriotiques, devenues dès lors inutiles, cèderont la place à l'amour de l'humanité, et aux autres vertus de cette race future que Mm• Clémence Royer elle-même nous a fait entrevoir, « la race divine qui gouvernera la terre avec justice, dans la joie et dans 1.7 paix ( 1) ! » Paul COMBES. ( 1) Clemence Royer: Origine de l'Homme et des Sociilis, p. 587. - Paris, 1870.

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