L':ÉVOLUTlON SOCIALE 28ï s'écrouler sans retour. Rome - la Ville éternelle - ne prévoyait pas la possibilité d'une invasion des barbares. Qui sait ce que l'avenir réserve aux civilisations européennes? Qui sait ce que deviendront nos grandes capitales? On ne nie plus aujourd'hui la possibilité d'une invasion chinoise, et l'on entrevoit même l'éventualité d'une invasion des races africaines. Il y aurait certes là des raisons majeures pour provoquer l'association de tous les peuples européens, en vue d'une lutte suprême. Et même en cas de victoire, le simple jeu des lois de la nature pourrait d'un jour à l'autre réduire à néant tous nos progrès. On ne peut le contester : dans les sociétés humaines, ce sont les divisions nationales, - ces prétendus instruments de progrès, - qui provoquent les effondrements des civilisations, les retours à la barbarie. Au contraire, toute application du principe du moindre effort, de l'association pour échapper aux rigueurs de la lutte, contribue au développement du progrès. Supposons un état semblable à ce que fut probablement l'état tout à fait primitif de l'humanité, où chaque individu luttait isolément. Tant que cet état subsistera, tout progrès réel, continu, sera impossible, car le perfectionnement de l'individu ne .servira qu'à luimème et disparaîtra en même temps que lui. La première manifestation de la sociabilité a porté la première atteinte à la loi de la lutte pour l'existence, et plus le lien social s'est resserré, moins l'homme a eu à lutter contre ses semblables, plus il a progressé. Le passage de la vie du sauvage chasseur à la vie pastorale est un progrès parce qu'il a diminué largement la concurrence, non seulement entre les différentes ·tribus qui se disputaient les mèmes territoires de chasse, mais encore et surtout pour le gibier, qui tendait à disparaitre. Ce gibier, domestiqué, c'est-à-dire entièrement protégé contre la concurrence vitale, s'est multiplié dans des proportions suffisantes pour assurer la subsistance d'un plus grand nombre d'hommes sur un moindre territoire, - d'où progrès. L'agrkulture est un autre aspect des barrières opposées par l'homme à la concurrence vitale. C'est •la domestication, la protection des végétaux utiles, l'extirpation des végétaux inutiles ou nt1isibles. N'ayant plus à lutter, les animaux utiles ont progressé tout comme les animaux domestiques - non parce qu'ils sont devenus plus forts, plus parfaits en eux-mêmes - mais parce qu'ils répondent mieux à nos besoins. Tant il est vrai que le progrès n'est qu'un point de vue humain. L'histoire de l'évolution sociale, dont nous avons tracé les
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==