La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

L'ÉVOLUTION SOCIALE 285 des autres vertébrés et mammifère~, bien qu'en donnant à ces mœurs tous les développements compatibles avec son organisme et ses facultts sans cesse croissantes, et avec ses passions et instincts de plus en plus multiples et diversifiés, à mesure qu'il s'élève dans la série des races humaines. L'homme, par exemple, quelles qu'aient été ses aptitudes sociales passées et quels que puissent être ses progrès à venir, ne construira jamais sa maison avec sa bouche, comme une abeille, oit avec sa queue com111le castor(!) » (pages 242 et 243 ). Voilà qui est bien dit. A chaque type organique, à chaque progrès intellectuel, correspond une formule sociale appropriée. Nous sommes d'accord. Mais alors, pourquoi parler de nations a11i111ales t végetales ? Pourquoi dire que,( les abeilles 111011archiques et les fourmis républicai11es, nous offrent la réalisation de presque tous les types de constitution sociale expérimentés par l'Humanité»? (page. 2.39). Pourquoi surtout ne pas accepter cette conclusion logique que laformule socialede l'bu111auité doit varier en raison directede sesprogrés i11tellecfuels? Ce sont les phases, cependant bien distinctes, de l'évolution sociale, que MmeClémence Royer n'a pas aperçues. Elle les comprend toutes sous la même dénomination de 11atio11, depuis la phase de la sociabilitépassive, jusqu'à la phase actuelle, y comprises les phases sporadiques, et elle définit la natio_n « chez tous les êtres organisés, comme chez l'homme, un égoïs111ceollectif, une individualité organique formée d'un groupe plus ou moins nombreux d'individus et de familles unies par le sentiment d'un intérêt commun, et solidaires dans la défense de cet intérêt égoïste. » (page 245). . Qui ne voit que cet égoïs111ceollectif n'est pas plus éclairé et plus avantageux que l'égoïsme individuel? C'est justement le << sentiment d'un intérêt commun >> qui provoque la fusion des égoïsmes_ collectifs comme celle des égoïsmes individuels et qui pousse les sociétés sporadiques à s'agglomérer en petites nations, les petites nations à s'agglomérer en grandes nations, et celles-ci à fusionner encore entre elles le plus possible. Les bienfaits dùs à l'associationpour la lutte, MmeClémence Royer les attribue à la luttepour l'existence. « Le grouppement national, dit-elle, est en réalité l'organe le plus nécessaire au progrès constant de l'espèce, puisque c'est grâce à la victoire des groupes nationaux les plus parfaits, à la disparition des groupes inférieurs, à l'émulation des groupes égaux, que la moyenne totale du développement spécifique se trouve constamment élevée. » C'est la double erreur contre laquelle nous avons maintes fois protesté et qui consiste, premièrement, à considérer le progrès comme un but absolu, nécessaire, indépendant des intérêts humains ; secondement, à considérer la lutte pour l'existence comme un instrument nécessaire de progrès universel et de progrès social.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==