L'EVOLUTION SOCIALE 281 temps, ce n'est que lentement et graduellement qu'elle a eu pour résultat l'accroissement des agglomérations humaines. En réalité, la création des empires n'est pas l'œuvre personnelle des conquérants. Ceux-ci n'ont été que les instruments de l'évolution sociale, en profitant des circonstances de jour en jour plus favorables à la fusion des sociétés sporadiques, et par suite aux conquêtes : les Alexandre, les César, les Napoléon ont servi des causes tout autres que leurs propres causes et sont tombés ensuite (1). L'homme de _génie, en quelque genre que ce soit, est celui qui répond le mieux à l'ensemble des besoins de son époque, ou, comme dit Schreffie, une idée parvenue à la conscience dans l'esprit inconscient des nations ( 2). La première campagne de conquêtes qui nous soit connue est celle du roi de Suse, Koudoun-Nakhounta, qui, vers 2.300 avant notre ère, parcourut en conquérant la Chaldée, et réunit sous une domination plus ou moins directe et effective ce petit coin du bassin de !'Euphrate. Il faut arriver à l'époque d'Alexandre pour trouver réunis sous un même sceptre les pays qui composent aujourd'hui l'empire ottoman: les << grands Etats» des Sargon ides assyriens, des rois Mèdes et Perses, n'ont jamais atteint l'étendue des domaines actuels du Sultan. Cette comparaison n'est pas inutile pour faire comprendre combien étaient médiocres ces empires que les traductions cla~siques nous font rêver infini~. Et combien le lien qui unissait les associations sporadiques primitives était encore !ache 1 Telle est pourtant l'origine de-la 4uatrième phase de l'évolution sociale, la pbnse despetites 11nt1ons. Une nation est donc l'association plus ou 111oi1i1nstime d'un plus ou moins grand nombre de communautés sporadiques. Quoique due en apparence à une juxtaposition artificielle résultant d_ela conquête, elle a ses racines profondes dans les avantages que procure, aux communautés comme aux individus, l'association pour la lutte. Cela est si vrai qu'elle ne devient intime et ne se maintient qu'autant que les communautés réunies de force y trouvent leur avantage. Les empires venus avant l'heure, dont les proportions ont dépassé les limites conciliables avec le stade contemporain de l'évolution sociale de leurs éléments, portaient en eux-mêmes les causes de leur dissolution, et n'ont pu durer. Ceux, au contraire, qui correspondaient à une nécessité réelle, se sont mait1tenus et développés. Nous trouvons, chez les fourmis, des exemples. de fusion intime (1) Ch. H~rtmann: Philosophiede l'biconscimt, traduction de M. Nolen, t. 1, p. 418. - Alfred Fouillée : L"Histoire 11aftll'elledes Sociétés btt111aines O!I a11i11111(l'Je{sevtte des Deux-Mondes, 1" aoùt. 1879). (2) Scha:ffle : 'lJatt 1111Ldebe11des socialen Karpers, Tubingue, 1875.
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