La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

280 LA REYUE SOCI.\LISTE Les plus anciens documents de l'histoire humaine nous montrent, dans les pays compris entre le Nil et le Gange, un nombre considérable de petits états (simple ville entourée d'une banlieue), chacun avec ses rois et ses dieux. La guerre est l'état normal: les groupements se font et se défont sans cesse, suivant que tour à tour telle ville soumise au joug parvient à vaincre et à subjuguer sa voisine. Il ne se forme point de nations. De même, chez les fourmis, l'hostilité des colonies de même origine ne permet que la formation de petites sociétés éparses. Il y a donc, de par les lois mêmes de la lutte pour l'existence, un long stage social dans la forme que j'appelle sporadique, soit dans sa phase 11011,nde, soit dans sa phase stnble, celle-ci étant la troisième de l'évolution sociale. Ce sont les progrès de l'agriculture et ceux de la civilisation, düs à la vie stable de la cité, qui ont accru peu à peu lïmportance des sociétés sporadiques, et leur ont imprimé une tendance à fusionner entre elles. Au lieu que pour le chasseur et le pasteur, la guerre est une nécessité d'existence; pour l'agriculteur, c'est un fléau destructeur des moyens d'existence. Cel•i-ci est donc porté aux concessions, aux alliances, pour avoir la paix, gage de la sécurité des récoltes. D'autre part, la vie de la cité engendre le bien-être, la richesse, l'amour du repos. C'est un puissant dissolvant des tendances guerrières. Ainsi, tandis que dans la tribu nomade, tout individu capable de porter les armes ne respire que combats; dans la cité, il se fait une sélection de plus en plus accentuée entre le citoyen paisible s'occupant de son champ, de son commerce ou de fonctions administratives, et le combattant qui a le soin spécial des choses de la guerre. Ce courant pacifique est lent, mais continu, et favorisé par les progrès constants de la civilisation et du bien-être. Le principe du 111oiudre effort joue encore ici un grand rôle, et la guerre elle-même comme nous allons le voir, provoque la tendance à la fusion des sociétes sporadiques. Même chez les fourmis, dans des conditions exceptionnelles de facilité vitale, M. Fore! a observé deux cents colonies d'une seule fourmilière parfaitement unies, dans un esp:tce circulaire de près de deux cents mètres de rayon, où elles avaient exterminé toutes les fourmis d'origine étrangère. Le nombre des individus ainsi associés devait être considérable, puisque, d'après les évaluations de M. Fore!, dans chaque nid, le nombre des habitants oscillait entre cinq mille et cinq cent mille. Ce n'est que lorsque la tendance à la fusion se fut développée peu à peu dans les sociétés humaines, que la guerre de conquête devint possible. Cela est si vrai que, quoique la guerre ait existé de tout

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