La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

L1ÉVOLUTIO~ SOCIALE 2î0 de castors et de gros becs sociables, des associations de familles ayant une origine commune. Il s'y ajoutait parfois, comme chez certaines communautés de fourmis, des auxiliaires capturés en faisant la guerre à d'autres tribus. Insistons tout particulièrement sur la signification précise et sur les conséquences biologiques et sociales de la guerre, car nous y trouverons la clef de l'idée de nation. La guerre n'est pas un fait purement humain. La guerre est un fait naturel, une des formes de la lutte pour l'existence. C'est la lutte pour l'existence entre collectivités animales. Que, pour une cause quelconque, les vivres viennent à manquer dans une cornmunauté d'abeilles., celles-ci, pressées par la faim, cherchent à pénétrer de vive force dans une ruche prospère. Aussitôt. il s'engage une lutte acharnée entre les affamées et les abeilles qui défendent leur cité. Généralement, celles-ci, plus nombreuses et mieux portantes, remportent -l'avantage, poursuivent l'ennemi jusque dans sa sa ruche et en achèvent la ruine. Et la meilleure preuve qu'ici la guerre est due à une nécessité vitale, c'est que pareille chose n'arrive jamais entre peuplades bien pourvues de citoyens et largement approvisionnées. Chez les fourmis, par suite de leurs mœurs spéciales, la guerre est endémique. Elle~ sont en luttes continuelles pour leurs territoires de chasse, pour leurs troupeaux de pucerons, pour leurs moissons.Certaines espèces attaquent les fourmilières voisines pour dévorer les larves et les nymphes qu'elles contiennent ; d'autres pour faire des prisonniers destinés à leur servir d'auxiliaires. Les sociétés de fourmis sont l'image exacte des tribus humaines primitives, non encore confédérées, qui, d'origine commune ou diverse, guerroient continuellement pour leurs territoires de chasse, pour leurs troupeaux, pour leurs récoltes. Tant que les hommes n'ont vécu que de chasse ou du produit des troupeaux, leurs agglomérations ont été forcément très-restreintes, à cause des immenses territoires nécessaires à l'alimentation d'un petit nombre d'individus. Cette nécessité vitale est si prépondérante qu'elle forçait les membres d'une même famille à se séparer, comme noùs le montre l'histoire d'Abraham et de Loth. Entre étrangers, c'était la guerre à outrance, la vraie lutte pour la vie. C'est la deuxième phase de l'évolution sociale, que j'appellerai phase des sociétéssporadiqueserrantes ou nomades. . C'est l'agriculture qui, en multipliant les moyens d'existence, et en attachant l'homme à la terre. a donné naissance aux premières agglo- . mérations notables et stables, aux cités, qui furent tout d'abord indépendantes les unes des autres.

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