2i8 LA REVUE SOCIALISTE des loups, tous les individus se forment en cercle, rapprochant leurs tètes, et opposant à leurs ennemis leurs sabots postérieurs, barrière redoutable qui ne peut être franchie. Dans une bande de loups, certains sont rabatteurs, d'autrès guetteurs: c'est l'association pour la chasse. Dans toutes ces associations, de véritables mœurs sociales commencent à s'établir, et l'action en co11u1111n est d'autant plus marquée que les individus sont plus intelligents. Même le sentiment de la solidarité est évident chez une foule d'espèces animales vivant par bandes. L'acharnement (]Ue mettent les pécaris à venger la mort d'un des leurs, le dévouement avec lequel les mésanges cherchent à délivrer leurs compagnes prisonnières, en sont des preuves prises entre mille autres. Ainsi, la tendance originelle et circonstancielle au groupement des êtres semblables, - contrariée par la concurrence vitale, - est au contraire favorisée par les nécessités de la lutte, dès que l'intelligence entre en jeu. L'association pour la lutte donne aux espèces qui la pratiquent des avantages marqués, et réagit même utilement sur leur intelligence, comme le montrent bien les communautés des castors, des abeilles, des fourmis et des termites ( 1). C'est également grâce à son intelligence supérieure et à l'association plus parfaite qui en est résultée, que l'homme a wnquis la place qu'il occupe dans le monde. << Peut-être l'intelligence de l'homme n'aurait-elle pas suffi, si une autre puissance n'était venue s'ajouter à celle-là. Cette puissance auxiliaire, c'est l'association. L'intelligence et l'association, voilà vraiment les deux grands moyens de lutte qui ont permis à l'homme d'établir sa puissance. Les documents historiques et préhistoriques nous montrent que l'homme n'a jamais vécu isolément. Il y a toujours eu des sociétés humaines. Isolé, l'individu eût sans doute été anéanti par des animaux plus forts, plus agiles. plus féconds, mieux armés pour la lutte; tandis que, réuni à ses semblables, il a centuplé sa force. Ce sont les sociétés humaines plutôt que l'homme qui ont fait le triomphe de l'humanité dans la nature (2). » Ajoutons que la société permet la conservation, l'accumulation et la continuité des progrès individuels. Les premières agglomérations humaines n'étaient que des familles, comme les compagnies de perdrix et les troupeaux de ruminants, Les tribus plus nombreuses elles-mêmes étaient, comme les communautés (1) Voir, pour les détails: Paul Combes, Les Civilisations t.A11i111ales, 1 vol. in-12, 2 francs (Librairie Uuiversellc, 41, Rue de Seine, Paris). (2) Charles Ri~hct: Le Roi des A11i111a1(1Rxevue des 'lJe11x-Mo11des, 15 février 188.3).
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