L'ÉVOLUTION SOCIALE gleterre) avaient l'habitude, à chaque printemps, de se séparer en petites familles qui allaient chercher de divers côtés des endroits propres à leur nidification. M. Charles Waterton aménagea des abris spéciaux pour les nids de ces oiseaux, qui se groupèrent immédiatement en grosses compagnies comme les corbeaux ( 1). C'est de la pbast de la sociabilitepassive que les nécessités niêmes de la lutte pour l'existence ont fait surgir, chez les espèces les mieux douées intellectuellement, les premiers rudiments de l'associationpour leilutte, principe de l'évolution sociale. • Le j 1rinc1pedit moindreeffort, qui domine tout le monde physique, n'est pas moins évident dans les phénomènes organiques (2). Tout organisme cherche à yivre avec la moindre dépense possible d'énergie, et par conséquent à se soustraire par tous les moyens à la lutte pour l'existence, à la compétition. C'est la thèse que Pierre Kropotkine a développée. avec un grand nombre de preuves à l'appui, dans une remarquable étude sur l'cAide 11111tuepllaermi les Animaux (3). C'est ce qui fait que les animaux qui persistent ne sont pas précisément les plus résistants, mais ceux qui se soustraient le mieux aux duretés de la lutte pour l'existence. Ainsi, les animaux hibernants évitent, par le sommeil, l'accroissement de rigueur de la lutte pour l'existence pendant l'hiver; d'autres accumulent des provisions qui leur permettént de rester à l'abri pendant la mauvaise saison ; d'autres ont recours à de nouveaux aliments ; d'autres enfin émigrent vers des régions plus clémentes. Ici, ce n'est plus la vigueur physique, mais l'intelligence qui joue un rôle prépondérant. C'est cette i;1telligence qui a permis à certains animaux de tirer de notables avantages de la vie en commun. Ainsi, les compagnies de perdrix, les troupeaux de ruminants sont des associations dues à une naissance commune. Elles se maintiennent et se développent, à cause de la sécurité que leur donne la vigilance de chacun de leurs membres qui s'avertissent réciproquement à l'approche d'un danger. Il est même des communautés qui placent des sentinelles chargées de ce soin et qui s'en acquittent fort bien, car rien n'est plus difficile que d'approcher d'une troupe d'animaux sauvages ainsi gardée. L'association permet, non-seulement de signaler l'ennemi, mais parfois même de lui résister.. Un cheval sauvage isolé serait facilement forcé par une bande de loups : mais lorsque un troupeau de chevaux sauvages est attaqué par ,, (1) Les Orfigratio11dses Oiseaux ('1(ev11e'1Jrit.rn11iq11e, mars 188.5). (2) Herbert Spencer : Les Cf>remiersPri11cipes. (J) D(ineleeulb Ce11l111J• (1890). •
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