La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

276 LA REVUE SOCIALISTE Donc, une concurrence vitale plus ou moins intense suivant leurs exigences organiques, tend à séparer les étres semblables. Mais, d'autre part, plusieurs lois naturelles tendent au contraire à grouper les organismes semblables. Voilà donc deux ordres de forces naturelles en présence: si les premières prédominent, les organismes semblables sont réduits à un isolement relatif; si. au contraire, une sorte d'équilibre vient à s'établir entre les nécessités vitales des organismes et les moyens dont ils disposent pour les Sdtisfaire, ils peuvent vivre cote à côte. Ce dernier cas se réalise dans une prairie, un champ de céréales, une roselière, une forèt, - agglomérations plus ou moins compactes, suivant les besoins des individus qui les composent. Le mème fait se reproduit chez certains animaux, surtout dans les classes inférieures. Eclos en quantités plus ou moins considérables, - les nécessités spéciales de leur organisme ne les condamnant pas à se séparer, - ils continuent à vivre ensemble -par une sorte d'accord tacite qui est foncièrement une habitude béréditaire due à la facilité des circonstances vitales. Il n'y a pas là de sociab1lité propre111et1d1ite, mais une sorte de sociabilitépassive. côte à côte aussi involontaire que celui des végétaux, et où chacun des organismes en présence ne vit que pour lui-mème, quoiq11eleur réunionp11isseavoir pour eux quelque utilité. Insistons sur ce dernier point. Il y a des végétaux qui ne prospèrent pas isolément: séparés les uns des autres, ils résistent moins bien aux rigueurs des saisons ; unis entre eux et formant des agglomérations plus ou moins compactes, ils se soutiennent, se protègent, se créent à eux-mèmes comme un milieu nouveau. Dans le monde animal, on retrouve des faits analogues. Rien n'indique, chez les criquets voyageurs, une sociabilité voulue. lis vivent en masses, parce qu'ils éclosent en masses. Or, l'insecte isolé ne pourrait voler aussi loin que les immenses nuages de criquets sur la masse desquels le vent agit comme sur un cerf-volant. Ce mode collectif de transport leur est même parfois funeste, car ne dépendant pas de leur volonté, il arrive qu'il les précipite dans la mer. C'est donc dans les agglomérations de ce genre, dues à une naissance commune et maintenues par les circonstances vitales, qu'il faut voir la prelllièrephase ou le point de départ de l'évolution sociale, que nous désignerons sous le nom de pbase de la sociabilitéparnve. Elle a un double principe: c'est d'abord la communauté d'origine, la parenté, la filiation, ou principe social ctb11iq11e; mais c'est aussi le concours de circonstances locales (par exemple, l'existence d'une nappe d'eau, une nourriture abondante) qui attirent au même lieu les ètres d'une même espèce: c'est le principe social géo,P_rapbique. Ce sont généralement les circonstances locales qui maintiennent ou dissolvent les agglomérations ethniques. Ainsi, les étourneaux de Walton-Hall (An-

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