2ï0 LA REYUE SOCL\LlSTE Y. - Les lois logiques cle l'Jm,itation. Pourquoi parmi cent inventions diverses simultanément imaginées et essayées par cent individus différents, y en a-t-il dix qui se répandent dans le public et quatre-vingt-dix qui restent dans l'oubli? Voilà le problème. L·avenir de telle ou telle idée nouvelle tient à la fois à des causes physiques, que nous laisserons de coté, et à des causes sociales. Parmi ces dernières, il faut distinguer les causes logiques; elles agissent quand l'innovation est adoptée parce qu'elle est jugée par lui plu-; utile ou plus vraie, et les causes extrà-logiques; dans ce cas l'innovation est acceptée non parce qu'elle est plus utile on plus vraie mais à cause dn prestige attaché à la personne qui la propage et à cause du temps ou du lien d'où elle provient. Avant J·entrer dans l'étude des causes logiques, on doit procéder à la définition de la croyance et du clestJ', quantités sociales de grande impurtance. L'invention et l'imitation, nous le savons, constituent racte social élémentaire. Mais quelle est la substance dont cet acte est fait, dont il n'est que la forme et la manifestation extérieure, ou en d'autres termes; qu'est-ce que c'est qui est imité ou inventé? On peut répondre: Cc qui est inventé est imité, c'est toujours une idée ou un vouloir, nn jugement ou dessein par lequel s·exprime une certaine dose de croyance et de ddsir. Ce sont là tout d'abord des quantités purement psychologiques; elles naissent sur le terrain mental. Mais par leur destinée ultérieure, lorsque l'invention et puis l'imitation s'en sont emparées pour les organiser et les employer, elles deviennent aussi les vraies quantités sociales ; c'est par des accords et des oppositions de croyances s'entre-fortifiant et s'entre-limitant que lès sociétés s·organisent: croyances religieuses, morales, politiques, sont les forces plastiques, formatrices des sociétés. Elles correspondent à ce que Auguste Comte avait appelé la statique sociale. Mais c;est par des concours ou des concurrences de desirs, de besoins que les sociétés fonctionnent. Ce sont là les forces fonctionnelles, les forces motrices pour ainsi dire, ces forces correspondent à la dynamique sociale, ces croyances et ces désirs ne sont pas des entités métaphysiques; elles tiennent à la nature et tirent leur origine du monde vivant, du monde biologique. De même les forces plastiques et les fores fonctionnelles de la vie, mises en jeu par la génération, ont leur source dans le monde physique. Aussi les lois générales de l'évolution sont-elles applicables aux sociétés,
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