La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

UNE SOCIOLOGIE IDÉALISTE 2ïl puisqu'il n·y a pas entre elles et le monde de différence radicale: toute évolution d'après M. Spe11cer, est un gain de matière accompagné d'une perte relative de mouvement. Cette formule signifie que tout développement vivant ou social est un accroissement d'organisation obtenu par une diminution relative de fonctionnement; à mesure qu'elle s'étend et se perfectionne, une société perd de sa « fougue civilisatrice », qu'elle a dépensée à cet usage. La force motrice du progrès social consiste dans la somme de curiosités, d'ambitions, de désirs dont il est l'expression. Mais l'objet du désir, c'est la c1·ovance. Le désir finit par organiser la croyance, c·est-à-dire les institutions complexes. En effet tout désir tend vers un but, vers sa satisfaction; la satisfaction du désir ne peut être obtenue que par la réalisation de certaines idées, de certaines croyances. Une idée socialement réalisée qu'est-ce autre chose qu'une institution religieuse, morale, politique ou économique (1), etc? Comment le progrès s·opère-t-il? Toujours par l'invention et l'imitation. L'invention se fait par une série de tàtonnements. Avant d'arriver à qnelque grande découverte, une société déploie son activité en de nombreuses tentatives. Certains essais, œuvres de simples particuliers, ne tardent pas à être connus et appréciés. Ces essais en suscitent d'autres, qui seront délaissés devant d'autres plus heureux, jusqu'au jour où une formule claire et complète est trouvée et communiquée à tous. Le progrès résulte donc de la coopération d'un très grand nombre d'e~prits. < C'est une espèce dè méditation collective et sans « cerveau propre, mais rendue possible par la solidarité (gràce « à l'imitation) des cerveaux multiples d'inventeurs, de savants « qui échangent leurs découvertes successives. >, Entre ces inventions toutes récentes et l'ensemble des inventions anciennes, il y a accord ou désaccord. Le progrès se fait par l'accumulation des inventions s'il y a accord et par la substitution des _inventions, s'il y a désaccord. Dans le premier cas H se produit une union logique, dans le deuxième cas, un combat logique. Bien souvent la contradiction entre deux idées, deux besoins, deux institutions n'est pas sentie tout de suite. Le désir d'y mettre fin varie suivant la force de la raison dans la société (l) Pa: exemple: à la fin du siècle passé les Français eurent la passion d~ l'égalité civile et patriotique. Passion correspond ici à désir, pris au sens général. Quel était l'objet du désir? C'était la croyance, l'idée d'égalité. Le désir a agi de façon â réaliser la croyance. La croyance a été rèalisèe par une série d'institutions. Le dèsir a eté la force motrice et progressive; la croyance ou l'idée la force plastique.·

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