La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

22 L\ RÈVUÈ SOCI.-\tISTE Plus ou moins il en est toujours ainsi; par le fait des embellissements dos cités, les immeubles urbains, doublent, triplent. quintuplent, décuplent de valeur. Le plus fort c'est que pour multiplier la valeur de la propriété on indemnise encore les propriétaires et dans quelle~ proportions 1 On connait le scandale des expropriations. A ces maux s'ajoute celui de la concentration des propriétés urbaines. On a vu en 1880, une ville entière de 10,000 habitants aux environs de Rochedale, vendue à l'encan, à un seul indiviclu. Par parenthèse, la fameuse société coopérative n'a rien pu cmpécher. La tendance à la possession en grand des habitations urbaines est puissante et se manifeste partout en faits analogues; or, qui dit concentration, dit monopole, c'est-à-dire exploitation effrénée et sans recours du public. Il faudra potirtant bien que cela ait une fin; rhumanité ne peut pas devenir la serve de parasites oisifs, cc fardeaux inutiles do la terre, >l comme dit lE)vieil Homère, qui la pressureraient sans relàche, si on les laissait faire. on· finira bien par voir ce qu'il y a de scandalenx et de monstrueusement inique dans ce fait qn'un terrain qui valait 10 francs le mètre carré, et qui arrive à valoir - par suite do ragrandissement et de l'embellissement d'une ville - 1,000 ou 2,000 francs le mètre carré, n'aitrien de social, et que cette plusvalue individualisée ne se traduise, pour l'ensemble des citoyens, quefois de quatorze ans seulement. Plus Je,, baux sont courts, plus souvent se retrouve l'occasion d'élever les loyers. Quand on veut louer une de ces maisons, il faut d'abord payer une p1·ime, puis faire réparer <le fond en comble, suivant les devis et au g1·éde J'a1·chitecte et de l'agent du landlord; après quoi on vous ,,accorde un bail ~upe1·bement calligraphié sur parchemin, avec une profusion de lettres gothiques. Il faut croire que les lettres gothiques et le parchemin coûtent des prix fous, car la somme à payer aux solicitors qui dressent ces documents intéressants est formidable. Bien que vous ayez payé la prime demandée et fait faire à vos frais les réparations, il ne faut pas croire que vous soyez maitre chez vous. Pas le moins du monde. Le prècieux et coûteux parchemin vous oblige à une foule de choses. Vous avez un magasin et vous ne voulez pas habite1· le haut de la maison que vous cherchez à louer. Le landlorcl vous en empêche; il ne veut pas que vous louiez à celui-ci ou à celui-là. Vous tl'Ouve! que le bruit de la rue vous empêche de dormit·; vous faites venir l'entrepreneur et vous lui commandez des duubles fenêtres. Les fenêtres posées, le landlord vous invite, sous peine de vous voir retirer votre bail, à les faire enlever immèdiatement. Vous vous regimbez: on vous indique une clause ignorèe du bail qui vous oblige à ne rien changer à l'apparencP. extcrieure ou intérieut·e de l'immeuble, et ainsi de suite.

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