La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

LES SERVICES CO:\L\IUXAUX 21 de lui en mal, de se voir signaler à la vindicte publique comme un propriétaire inhumain? Ce sont hi. des risques que 1'011 n'affronte guère quand on peut les éviter. Nous voyons de temps à autre des journaux démocratiques jeter fou et flamme contre des propriétaires qui se sont débarrassés de pauvres ménages leur devant un an ou dix-huit mois de terme. A la lecture de semblables diatribes il n'est guère de capitaliste qui ne se dise: « Je me garderai bien de construire ,des maisons de cc genre!>> (1) Voilà bien la contl'adiction prise sur le vif: le service des logements livré aux cupidités individuelles an lieu de relever de la Commune, cc sont les prolétaires particulièrement rançonnés et mis dans l'impossibilité de se log.cr convenablcment,et cc sont les pauvres jetés à la voirie. Et pourtant combien doivent au progrès social ces propriétaires qui ne cherchent que le lucre et ne se reconnaissent aucun devoir? On a souvent cité le cas des ducs de "'estminster qui; propriétaires autrefois de quelques marais sans valeur sontdevenns par le fait des agrandissements. de Londres presque milliardaires, la valeur de leur propriété ayant plus que 1nilluple (2). (l) L'Economiste Français <lu16 avril 188-!. (2) Quelques details sur ce monstrueux YOI légal. Nous les ernprunton.,; au Journal des Debats du 27 anil 1883. Le duc de Westminster vossèdc tout le quartier de Bclgravia, situé au sud de Hyde-Park et une partie considérable de la ville située à l'est ùe ce même parc; le duc de Norfolk a le Strand, côté suù, et sou domaine confine â celui du duc Bedford, qui commence au Strand, côté nord, r.omprend le quartier de Covent-Garden, y compris le marché de ce nom, !'Opéra et le Théâtre de Dru1·y-Lane, et s'étend jusqu'â Easton Road, le tout comptant, dit-on, plus de 3,000 maisons; le duc: de Portland est le seigneur des quartiers qui a\'oisinent Portland Place et vont rejoindre le dom<1inede lord Portman, situé à l'est. Cés vastes propriétés sont gérées par des intenJants nommés « agents » qui sont comme des ministres au petit pied. Secondés par une armé<:!de commis, de dessinateurs, d'architectes, ils sont logés, eux et leur personnel, Jans un hôtel ·spécial que l'on prendrait pour un ministère. Ce sont eux qui font tout. Armés de pleins pou voit's, ils sont maîti-es absolus sui· le domaine de leurs maîtres. Par ce qui précède, il est facile <le voir que les (< propriétés ducales » comprennent la partie de Londres où se trouvent centralisés le commerce de luxe, lès hôtels, cafés, restaurants, théâtres, et les quartiers qu'habite l'aristocratie. Les maisons constrnite3 pat: les locataires ont fait retour aux propriétaires, les baux emphytéotiques étant e~pirés dans ces quarti!;!rs rlepuis pas mal <letemps, et se louent pour une durée de vingt et un ans en général et quel-

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