La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

2H L.\ REVUE SOCIALISTE d'homme; ce drame respire une sublime pitié ponr les malheureux, pitié qui domine l'œuvre entière de Victor Hugo, et qui le fait notre. R10J-Blas restera éternellement jeune parceque ses personnages vivent, luttent et se men vent non comme des ombres chinoises sur un transparent, mais comme des êtres de chair et d'os. Pour conclure: l'art ne doit pas être exclusif, il doit emprunter à la nature tout ce qui est compatible avec les moyens d'action dont nous disposons au théàtrc. Mais souvenons--nous que la force de l'impression n'est pas toujours en rapport avec la grossièreté de la sensation. Ne repoussons pas à.avantage le symbolisme; l'imagination a ses droits qui trouveront là à s'exercer. Rien de ce qui est humain ne nous est étranger: ni les bas-fo11ds, ni les nuages. S'envoler à tire d'ailes, doucement bercé par de mystiques symboles, est même plus agréable que de contempler un vieux gàteux, fùt-il sénatenr l Le haschisch devrait faire partie des représentations syrnboliq ues; il serait le lien matériel qui unirait dans une même communion, fa réalité au rêve, les naturalistes aux symbolistes I Au théàtre, comme dans la vie, /,oits les genres doivent être adrnis,pourvu qu'ils s'inspirent de la vérité, ou pourvu qu'ils répondent aux besoins de notre imagination qui est une 1nealité elle aussi. Ce qui est faux c'est l'exclusivisme; ce qui est anti-artistique, c·est de se priver d'un moyen d'impression, sous prétexte que telle ou telle école s'est emparée de ce moyen. Un théâtre libre doit admettre tous les genres pourvu qu'il s'en dégage une impression artistique. Rendons plus particulièrement hommage, cependant, aux auteurs qui sont en quelque sorte les précurseurs du théàtre socialiste; qui ont peint avec un incomparable talent nos misères sociales, nos égoïsmes, no_sdivisions de classe. C'est à leur école que les privilégiés ont appris à connaître le peuple; c·est en admirant, en plaignant Ruy-Blas, qu'ils ont eu conscience de la valeur des fils de la glèbe, de leur dignité. Ge1n1ninal, de Zola, est un admirable plaiùoyer en faveur des mineurs. Ne les croirait-on pas échappés à la plume d'un socialiste ces vers chaleureux cleVictor Hugo sur le travail des enfants : 0 servitude infâme imposée à rEnfant: Rachitisme! Travail dont le souffle étouffant Défait ce qu'a fait Dieu. qui tue, œuvre insensée, La beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée, Qui brise la jeunesse en fleur I qui donne en somme Une âme à la machine et la retire à l'homme ; Que ce travail haï des mères soit maudit 1 Maudit co:nme le vice où l'on s'abâtardit; Maudit comme l'opprobre et comme le blasphème ! 0 Dieu I qu'il soit maudit au nom du travail même, Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux, Qui fait le peuple libre et qui rend l'homme heureux.

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