La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

LE NATURALIS~IE ET LE SYi\fBOLIS~IE AU THÉATRE 213 Tout est convention an théâtre; la vraie loi est de faire intervenir la nature absolue quand elle aide ù, exprimer plus parfaitement cette convention fa/ale. Donner l'impression de la nature sans s'attarder à la reproduire dans une matérialité impossible et enfantine est peut-être l'art genial. La nature elle-même ne nous donne pas toujours des impressions vraies; elle diffère et varie suivant les points de vue; nous sommes trompés par l'éloignement, trompés par nos sens; trompés par les apparences, heureusement peur l'art théàtral ! Ne soyons donc pas plus naturalistes que la nature elle-même; que vos yeux, vaillants artistes, brillent de plaisir, soient humides de larmes; donnez-nons L'impression de la joie et de la d,ouleur, et vous serez naturalistes. Que nous importe que votre océan tienne dans quelques mètres de toile peinte, s'il éveille en notre àme l'idée de l'immensité? Notre imagination dépassera toujours les bornes de la réalité. L'école symboliste est plus difficile à définir; comme forme littéraire, elle consiste dans la recherche du mot faisant mirage et s'accordant matériellement avec l'idée. Malheureusement, cette recherche, honnête en soi, n'est pas toujours comprise du vulgaire; et d'au tri:)part, toute recherche excessive mène droit à la préciosité. Fasse le ciel que les prédeux do notre siècle nous valent un nouveaµ Molière 1 Les symbolistes ,dn reste, n'ont pas seulement le respect du mot; ils adorentlïdée, et l'enferment comme le saint des saints, dans des Tabernacles multiples I Le spectateur devine la présence sacrée, s:ins pouvoir jamais atteindre la divinité. L'action existe bien, mais à l'état de reflet. Or, une action théàtrale gagne, en clarté, à être présentée directement. Le symbolisme n'est pas nou·veau; il devient une beauté artistique quand il dépend de l'action et quand il sert à la faire ressortir plus vivement. Jésus fut nn admirable symboliste ; Shakespeare symbolise les remords de lady Macbeth par un mouvement des mains qui est le sublime 'de l'art. Un symbole doit être clair, simple et facile à saisir. Le spectateur comprend rarement les énigmes. Nous admettons le symbolisme comme on admet en art la statue voilée, pourvu que le voile s0it transparent et ne dérobe pas aux yeux ses chastes beautés. Nous l'admettons comme un des termes de l'art et non comme un te1·1neunique exclusif des autres termes. Victor Hugo, dans Ruy-Blas, symboljse le peuple génial torturé dans son intelligence, dans son cœur, dans sa dignité

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