230 tA RÉ:VUE SÔCIAtlSTt « J'ai recueilli, l'autre jour, les confidences d'un ancien épicier qui, après avoir honnêtement amassé une petite aisance en rançonnant· sans pitié les Parisiens pendant le siège, s'est retiré dans une de nos commuues suburbaines, où il jouit d'une considération distinguée. Depuis qu'il n'est plus« de la partie», il révèle assez volontiers les petits trucs du métier en se défendant d'ailleurs d'y avoir jamais eu recours. Ainsi, nos lectenrs apprendront sans doute avec satisfaction que quand ils achètent du sucre en poudre, ils achètent aussi, Ja plupart du temps, des fécules, dn plàtre ou de la craie ... Tout le monde sait que le café en poudre est généralement mélangé de chicorée; mais ce que tout le monde 11esait pas, c'est que cette chicorée elle-même est l'objet d'une falsification! On en fabrique avec de l'ocre rouge et du noir animal pulvérisés. » Le miel est très souvent mélangé de gomme très commune ou de farin0 de haricots. Lo haricot lui-même est l'objet d'une opération frauduleuse appelée le ti·empage; les vieux haricots ridés plongés dans un bain de potasse se gonflent, reprennent l'aspect et la fraicheur, mais en même temps ils acquièrent ipso facto un principe délétère très dangereux. Il appartenait à l'industrie contemporaine d'enfanter le haricot des Borgia 1 « Ou sait d'aillourf- que peu de substances alimentaires échappent aux entreprises des falsiticateurs; Je poivre est imité ù l'aide de graines de navettes recouvertes d'une poussière grisàtre faite de débris de poivre écrasé et de farine de seigle; le sel commun malgré son abondance et la modicité do son prix, est assez souvent mélangé de sulfate de chaux, de plàtre cru pulvérisé ou de sel ayant Mjà servi aux salaisons do viandes ou de poissons. L'huile d'olive, le vinaigre, le cidre, le Yin sont très rarement sans mélange ; les analyses faites sur des échantillons de beurre ont amené la déconverte de fécule de pomme, do craie, de suif de veau, de carbonate et d'acétate de plomb. J'ai vu du thé acheté à raison de huit francs le demi-kilogramme, qui contenait enYirpn un cinquième de feuilles do saules séchées. Sans doute, dans certains cas, la falsification est inoffensive, mais la plupart du temps elle est nuisible. Si l'état <l'anémie dans lequel se trainent les trois quarts des Parisiens est dù ù. des causes diverses, l'absorption des substances nuisibles y entre du moins pour une part importante. Quand, sous prétexte ùe confitures d'abricot on ne vous
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