La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

228 LA RE\TE SOCIALISTE « Un producteur de fruits du Lot a touché seulement î3 francs pour un envoi vendu GOO francs. « Un lot dr poissons adjugé 30 francs n'a donné que 3 francs au pècheur >> Notez bien qn'il ne s'agit ici que du rançonnement des facteurs des Halles et que ce n'est pas forcer les chiffres que d"ajouter que la prélibation, d"ailleurs un peu moins injustifiable des détaillants, n'est pas moindre. Nous pourrions ainsi arriver à cette constatation que pour certains produits non conservables le consommateur paie do 6 à JO, tandis quo le producteur direct a reçu 1 seulement. Il n'est pas difficile de faire la parl des responsabilités et de se former une opinion sur la Yél"itable cause des écarts entre le prix de vente des denrées et la somme nette payée an producteur. J\I. Clnseret, on effet, dans ses investigations auprès de la Préfcctur.e do Police et.de l'Administration des Halles, a recueilli crt aven : « Les vols des intermédiaires préposés aux ventes sont tellement nombreux, qnc les inspecteurs sont impuissants à les prévenir, vu qu'ils devraient sévir tous les jours contre tout le monde; aussi a-t-on peine à comprendre qu'il y ait encore de. producteurs obstinés à approvisionner les Halles.>> En présence de ces faits: le Courrier des Alpes dit que c< los halles do Paris sont entre les mains des mêmes parasites'- que les autres marchés, et les infortunés producteurs des départements y sont détroussés avec un sans gène à faire regretter les gl'andes routes du bon vieux temps. >l Le vol commel'cial ne fonctionne pas qu·aux halles. En pays de productions, dit l'Avenir descmnpagnes, le café vaut do 70 ù 80 francs les 100 kilos, et, ù Paris il est revendu de 500 à 600 francs et au-dessus les 100 kilogrammes. Une feuille coopérative belge évalue à l million et demi, le nombre des familles çOmposant sa nation. En admettant que chacune d'elles dépense en moyenne 1.000 francs par an, soit, pour la totalité, 1 milliard 500 millions, etque le commerce prélève seulement 33 0/0 sur tout cr qu'il vend, on constate que la dime, pay6t' aux intermédiaires par les consommateurs belges, atteint le chiffre formidable de 500 millions. Qne d'utiles instituLions ne pourrait-on pas fonder avec cotte somme actuellement absorbée par quelques parasites 1 Si on applique cette mc'me supposition à la France où le nombre des familles est de sept millions et demi, la même dépense étant admise et le mème prélèvement pris par les commel'çants, la dime sera alors de deux milliards cinq cent millions ou trois cent trente-trois francs par famille, soit presque vingt

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