La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

220 LA REVUE SOCIALISTE sur les impôts et la masse des contribuables. à moins que l'on ne se décide à frapper la richesse là où elle se trouve sans répercussion possible. Ou bien le nombre des épargnant" sera dérisoire et l'efficacité générale de la réforme opportuniste sera réduite à néant, la majorité des ouvriers préfèrant apporter leur obole à des œuvres plus sérieuses d'émancipation sociale. Dans un cas comme dans l'autre, le mécontement ira croissant : les travailleurs redoubleront d'énergie organisatrice; ils s'uniront en des syndicats. et en des fédérations de syndicats, qui sauront faire rendre gorge à la bourgeoisie. et en l'espèce exiger dans leur intégralité les moyens de pourvoir aux besoins du prolétariat, quand il est d'àge à ne plus pouvoir produire. Voilà la question posée dans le rùonde parlementaire. Qµi la résoudra? - La logique irrésistible du courant socialiste, qui emporte la Démocratie, renversera les derniers préjugés économistes bien avant que la caisse des retraites ouvrières ait eu le temps de fonctionner normalement. D'ailleurs nous croyons avoir démontré qu'elle n'était pas née viable et que les ouvriers auraient tort de lui accorder le moindre crédit. Leurs économies audacieusement sollicitées par le projet gouvernemental seront bien mieux placées soit dans des caisses de résistance économique, préparatrices de la grève générale, qui est la forme que prendra la future Révolution. - soit dans des caisses d'associations politiques destinées par une ardente propagande à nous forger des élections socialistes. M. Constans nous semble suivre une marche analogue à celle de l'ex-général Boulanger. Comme lui, il fréquente les gens très-bien, recherche leur alliance. << Notre tour est venu à nous aussi d'ètre des gens très-bien. » En même temps il voudrait paraître un initiateur de réformes et de progrès. Le jeu est aussi double que l'était celui de Boulanger; il est peut-être plus dangereux à cause de l'extraordinaire tempérament politique de M. Constans. Qui ccrirait volontiers sur son chapeau: C'est moi qui suis le berger de ce troupeau. En 1870, nous avons eu le ,< ministère des bonnètes gens » : un peu plus tard le« ministère de l'ordre moral»; aujourd'hui nous avons « le ministère des gens très-bien ». Or M. Arthur Meyer, dont on n'a pas oublié le rôle boulangiste, et qui s'y connait, écrivait il y a quelques jours; « Pour gouverner en gens très-bien, il faut protéger le Capital et la Religion, et il faut les protéger en gens très-bien, c'est-à-dire sans barguigner. » Eh ! mais M. Constans n'a pas précisément la réputation de barguigner. M. Carnot et ses ministres donnent tous les jours des gages à la Religion. Et je crois que la fusillade de Fourmies et les poursuites intentées à notre collaborateur Lafargue

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