La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

l!) 1 LA RE\'UE SOCIALISTE les tendances des analystes exclusifs qui, détachant l'individu de la collectivité, ont abouti à la dureté scntimentaliste contemporaine, si contraire à la bonne et fraternelle sentimentalité des aïeux. Beaucoup de la génération jeune, gâtés par l'étude forcenée de l'âme, s'imaginent être le centre psychique d'un univers dont ils ont formulé la fantaisiste vie, comme si rien ne se reliait dans le Cosmos, comme si nos passions et nos intérêts n'étaient pas de simples ,1/~ril"és de passions et d'intérêts généraux. Et d'ailleurs, en prenant les choses de haut, en notre temps de démocratie, la part de l'ensemble empiétant de plus en plus sur la part des personnes, que peut être la psychologie confinée à un seul groupe? quelle utilité, quelle portée retirer d'elle? Soyons pour uoe bonne fois des éducateurs; ne rougissons de réformer, de rester apôtres au lieu d'affirmer le souci du }\foi! Pourquoi la méconnaissance de la Conscience sociale en certaines ooun-cs du jour, cette méconnaissance pourrissante. alors que se rérèlc de tous cotés l'ascension de la démocratie aux directions humaines'? N'est-cc point là de l'anachronisme mental qui met les analystes actuels au nil"cau des cérébraux des primitives civilisations? ... « J'achève, ne voulant pas èlrc plus dut· et ayant moi-même besoin d'indulgence po11r cc lil'l·c qui n'a pour objet que d'appeler, unr~ fois de plus après tant d'autres, l'attention de la jeunesse sur la Révolution.)) Lt'!s symptômes de réveil socialiste, qui avaient marqué le congrès de Lyon, l'agitation insolite des syndicats et la prodigieuse actil"ité des cercles socialistes pa1·isiens. faisaient prévoir l'importance du prochain congrès de 1\Iarseillc. Personne ne se trompa sur l'importance, qu'il allait avoir et l'on peut dire que toutes les réunions ouvrières de 18ï!) eurent pour objet ces importantes assises ouYrières qui, pour tous les militants, étaient une grande crainte et une grande espérance. Un tel état d'esprit ne put ètre que fortifié. lorsque la commission marseillaise d'o1·ganisation eut lancé son premier appel. remarquable à tous les points clc rue. dü à. l'inspiration de ,Jean Lombard. Esprit assirnilateul' et imagination d'artiste, s'annonc;ant déjà écl'ivain, Jean Lomba1·d donna immédiatement aux revendications ou,Tièrcs, un \'ernis littéraire qu'elles n'avaient pas eu jusque-là et qui fit le succès des premières circulai1·es ..... Le lundi 20 octobre 18î9 fut pour Marseille un jour ùe fète populai1·e. Plus de dix mille ouvriers s'ébranlèrent, poul' assister dans le local des Folies-Bergères à l'oul"erture du congrès. L'immense salle, contenant près de six mille personnes était bondée, et plus de quatre mille curieux. se pressaient clans le;; 1·ues et places cnril'Onnantes. Après la lcctu,·e du R,1.ppm·t de la Commission liquidatrice du cong1·ès de Lyon, la parole fut dvnnée à .Jean Lombard pou1· la lecture du l-?.apport inaugu.ral. Très jeune encore, alerte et mince. à peine de taille moycnnt'. les yeux d'un brun ardent et le front relevé par une abondante che\'elurc noire, le secrétaire de la commission d'organisation commenc;a au milieu d'un profond silence et ne tarda pas Lsoule\'er des applaudissements chaleur·cux. li fit d'abord un historique dét~illé et limpide des traraux de la commission; mais bientôt, changeant de ton, il aborda a\'ec une haute vue de l'histoire la question sociale proprement dite.

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