JEAN LO:llBARD 193 où la gloire venai.t, à trente-sept ans, en pleine floraison intellectuelle, et c'est une perte imme.nse pour la démocratie socialiste que la mort de ce robuste artiste, de ce vaillant citoyeu. Pour un temps écarté de la politique militante, son tempérament combattif, l'aurait tôt ramené aux batailles quotidiennes, il n'avait pas cessé d'ailleurs d'afürmer sa foi, inébranlable. Et certes, nous aurions entendu retentir encore sa chaude et éloquente voix, en faveur des revendications prolétariennes, et comme naguère les congressistes de Marseille, les travailleurs de notre Paris, auraient applaudi ce fougueux et entrainant tribun qui comme le Kerkadec de Cladel, prêchait bien et agissait encore mieux .. Mais comme je l'ai promis, je laisse ici la parole à Beuoit Malon : Daos une étnde publiée dans la Revue Socirtliste, et, intitulée : Les Coüeclivistes f1•ançrlis, l'auteur du Sociatisnie Inté- {JJYtl fait l'historique du mouvement ouvrier depuis 18,~. Arrivé à l'an née de 1870, à l'époque dn mémorable congrès de ~farseillc, il s'exprime de la sorte: « Si nous avons à l'extrème le culte de l'individu. nos jeunes aïeux l'eu1·ent peu. Leur premier frisson fut un goùt de mouvement, un extraordinaire besoin, un démesuré et phénoménal penser d'activité. Cela les conduisit partout. On vit cette chose stupéfiante, des cudets <le vingt à trente ans commander à des milliers d'hommes, tenir tète à des diplomates et à des généraux de la carrière, mettre sens dessus dessous des peuples, arnir surtout de rraies presciences, de solides compréhensions politiques. Il n'est point inutile d'affirmer que la plnpal't de nos jeunes gens resteraient loin de la tâche traditionnelle si d'impossibles é\'ènements sun•enaient, du moins ceux dont la passion de l'analyse égoïstique a déjà dévoré l'entendement, ceux dont les ambitions individualistes de l'art comme de la politique ont resserré la paroi crânienne. Qu'on ne dise pas que le verbalisme ou plutôt les habitudes de verbalisme en sont cause. Ils furent de féroces, intarissables parleurs, les aïeux de l 792; ils eurent du sentimentalisme à l'excès, des pleurnicheries d'âme, des sensibilités de primitifs, des phraséologies qui foot sourire, des préoccupations, tout comme nous, de la forme écrite et verbale, surtout ceux que l'éducation prépara, comme Franc,:ois Mireur. Mais tout se résorba pour eux en « l'idée générale)) que Taine rend coupable et qui me parait, au con-· traire, bien salvatrice, bien féconde, oü leur individualité fondit d'un bloc. Et comme cette« idée générale)), si raillée, conduisait au façonnement d'hommes aptes à s'effacer au profit d'une synthèse commune, ces aïeux furent éminemment utiles; leur œuvre largement collective nous touche de près. Un peu de leur àme est encore en nous qui ne demande qu'à agir comme ils ont agi. << Analyser une âme dans son cadre de sentiments personnels, me semble bien puéril; l'analyser dans l'ensemble d'une époque me parait d'une portée autre. Et puis, ne serait-il pas bon de réagir un peu contre 13
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