JEAN LOl\lilARD 191 La Revue 11foderne lancée, Lombard nous quitta. Il avait d'autres projets, de nouvelles publications à entreprendre. C'était un actif, pl6in d'idées et de hardiesse, énergique et audacieux. Avant la P1·ovincirlle, il avait dirigé la Sève, le 11fidi Libre, il avait été éditeur, il devait encore eréer les Jlewres clu Salon etdel'Atelier; enfin, la Celeb1·itecontemporaine, et avec M. de Gavoty la France Moderne, qui lui survivent. Et tout cela ne devait pas l'empêcher d'écrire ces deux premiers livres Lois 11lajourès et l'Agonie. En 1885, François Pelizza m'apporta le manuscrit de l' Agonie, il comptait sur moi pour l'aider à trouver un éditeur, et ce fut lui qui m'apprit alors la vie passée de Jean Lombard. Certes, elle était extraordinairement curieuse, cette biographie que le bon et fidèle ami Pelizza m'esquissa alors. Jean Lombard était né à Toulon, de parents pauvres. Il n'avait pu recevoir qu'une éducation médiocre. Très jeune il était entré comme oüvrier chez un bijoutier. Et pourtant, à force de volonté, d'énergie, sans autre maitre que lui-même, en employant ses rares loisirs à étudier, il s'était créé, formé écrivain, et non pas le pre;nier venn, la preuve en était dans l'œuvre que Pelizza m'apportait, et me confiait. « C'est un chefd'œuvre » disait Pelizza,et il ne mentait pas, il n'exagérait pas le brave ami. J'appris encore de Pelizza, que Lombard n'était pas seulement un littérateur, mais un militant d11parti socialiste. Je laisserai tout à l'heure, ù propos de l'admirable rôle de Lombard lors du Congrès de Marseille en 18ï9, la parole à Benoit Malon, le meilleur juge en la question. Ce ne fut qu'en 1889, que l'Agonie put varaitre. Savine le publia enfin, ce livre qui allait d'un coup classer son auteur au premier rang et qui suivant .l'éternelle histoire, avait ét(• présenté en vain chez presque tous les éditeurs. Ah! certes, il n'eut pas le succès d'une ineptie à l:l Ohnet, ce maître ouvrage, au style hérissé de terminologies oubliées, bourré de science, trop dense pour être bien compris d'autres que les épris d'art et d'histoire - il était trop personnel ce livre pour que labourgeoisie qui fait la mode s'en éprit, mais dans le public lettré ce fut un événement. Lombard vint à Paris à ce moment là pour la première fois. J'eus le plaisir de le voir enfin, et il connut en même temps un de mes bons amis qui devait devenir le sifm, Georges Docquois. L'an dernier, l'auteur de l'Agonie s'établissait à Charenton, définitivement avec les siens et publiait Bysance. Après l'évocation de la décadence latine, au temps d'Elogabalus, il ressuscitait Constantinople au temps des querelles du
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