DE L1ESPRIT NOUVEAU ET DE LA ~IÉTHODE SCIENTIFIQUE ]87 Il est temps de rompre avec cette idéologie et de demander à la méthode expérimentale en sciences morales et social~s des résultats comme ceux dont n·ous profitons en sdences physiques. III SCEPTICISME - lNDIFFÉRENTISME - RELATIVISME Après avoir indiqué les caractères et les tendances de l'esprit nouveau, de_ l'esprit scientifique, après avoir montré la direction de la méthode scientifique ou expérimentale dinmétralement opposée à la méthode métaphysique, il est utile d'aller au-devant de l'accusation de scepticisllle t d' indif.férentisme quel' on prend l'habitude de porter contre les penseurs les plus affinés qui savent le mieux saisir le sens des choses et se pénétrer le plus profoi;idénient de l'inéluctable relativisme de nos connaissances. C'est vraiment bien peu les connaitre et bien mal les comprendre. Le doute scientifique dont on veut faire un scepticisme est le résultat direct de l'expérience et une des conditions indispensables au progrès de la science. C'est précisément parce que le savant doute toujours d'avoir atteint la vérité, qu'il cherche, vérifie, multiplie ses expériences et arrive ainsi à découvrir de nouveaux rapports des choses, à ouvrir à la pensée de nouveaux horizons : son doute porte, non pas sur les choses elles-mêmes, ni sur l'existence. des phénomènes qu'il étudie, mais sur l'interprétation qu'il leur donne, sur le mécanisme qu'il leur attribue, sur le déterminisme particulier qu'il leur suppose ; en réalité, le savant ne doute que de lui-même, ou plutôt se défie avant tout de ses propres découvertes : Son dout_ene porte ni sur les choses, ni surtout sur la science ; il a au contraire une foi robuste dans le déterminismeuniversd, il'croit fermement, bien plus, il ne peut pas ne pas croire que tout dans l'univers a sa raison d'être, sa loi ; seulement il sait par expérience, il sent, il comprend qu'il ne peut embrasser dans son ensemble l'universel devenir : Aussi, au lieu d'affirmer les résultats de la science comme définitivement vrais, il ne les proclame au contraire que comme des vérités relatives·. Ce dont il doute avant tout, c'est de ses propres théories, en ce sens qu'il ne voit en elles qu'un moyen provisoire de grouper les phénomènes et d'en faciliter l'étude comparative et synthétique. Le scepticisme scientifique est donc bien plutôt un relativisme qu'un _scepticismedoctrina_ire, tel que l'entendent les philo~ophes entraînés par les charmes de leurs paradoxes. Si on veut comprendre l'esprit scientifique, si on veut pénétrer la
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